Bélarus Candidat à la présidence emprisonné et privé de contact avec ses avocats

17 novembre 2011
Les autorités du Bélarus doivent immédiatement permettre à un ancien candidat à l’élection présidentielle incarcéré de contacter son avocat, après avoir appris que cet homme avait fait l’objet d’un énième transfert de prison inopiné.

196_belarus.gif L'ancien candidat à l'élection présidentielle Andreï Sannikov est un prisonnier d'opinion. © Demotix/Alexander Mazurkevich

Une avocate d’Andreï Sannikov s’est aperçue mercredi 16 novembre 2011 que son client ne se trouvait plus dans la colonie pénitentiaire de Bobrouïsk (est du pays), où il était détenu.

Elle a été informée jeudi 17 novembre 2011 qu’il avait été transféré dans une prison de Moguilev, à environ 200 km au nord-est, mais elle n’a pas été autorisée à entrer en contact avec lui au motif qu’il était toujours en transit.

Déplacements de prison en prison utilisés comme punition

«Une fois de plus, les autorités bélarussiennes semblent jouer avec les avocats et les proches d’Andreï Sannikov en le déplaçant de prison en prison pour le punir de ses opinions politiques, a estimé Heather McGill, spécialiste du Bélarus au sein d’Amnesty International.

«Cela doit cesser et il doit être libéré immédiatement et sans conditions, car rien ne justifie son emprisonnement et le traitement cruel qui lui est réservé. Les proches ou les avocats devraient toujours être informés rapidement lorsqu’un prisonnier est transféré.»

Cette pratique de transferts fréquents de prisonniers est inédite au Bélarus, où les autorités refusent généralement de déplacer les détenus même quand leur vie est en jeu. Au cours du processus de transfert, qui peut durer plusieurs jours voire plusieurs semaines, les prisonniers sont maintenus dans des conditions inhumaines et subissent des températures extrêmement froides ou chaudes sans avoir suffisamment à manger et à boire.

Condamné pour avoir manifesté après la réélection du président fin 2010

Andreï Sannikov a été condamné à cinq ans d’emprisonnement en mai 2011 pour le rôle qu’il a joué dans des manifestations de grande ampleur organisées à Minsk après la réélection du président Alexandre Loukachenko en décembre 2010. Beaucoup de personnes condamnées à la suite des manifestations ont été remises en liberté après avoir signé des «aveux» indiquant qu’elles avaient organisé ou participé à des «troubles à l’ordre public de grande envergure».

Amnesty International pense que les transferts fréquents et vraisemblablement injustifiés auxquels Andreï Sannikov est soumis sont une façon de le mettre sous pression physiquement et psychologiquement pour qu’il signe des «aveux».

En septembre 2011, lui et un autre prisonnier d’opinion, Zmitser Dachkevitch, ont fait l’objet d’un transfert qui a duré plus de 10 jours. Pendant une partie de cette période, les autorités n’ont pas informé les avocats d’Andreï Sannikov du lieu où il se trouvait.

Selon l’épouse de cet ancien candidat à l’élection présidentielle, la journaliste Irina Khalip, dans une prison où il a été détenu au cours de ce transfert, ses codétenus l’ont menacé de violence physique.

Amnesty International craint que son maintien en détention ne l’expose au risque d’être victime de torture ou d’autres mauvais traitements aux mains d’agents pénitentiaires ou de tiers.

Manifestants emprisonnés pour avoir exprimé pacifiquement leur opinion

Outre Andreï Sannikov et Zmitser Dachkevitch, plusieurs autres personnes purgent actuellement des peines de prison en raison de leur participation pacifique aux manifestations de décembre dernier. Parmi elles figurent Zmitser Bandarenka, Édouard Lobau, Pavel Severinets et Nikolaï Statkevitch, tous condamnés cette année à des peines allant de deux à six ans.

Un autre prisonnier d’opinion, Dimitri Ouss, a été condamné à cinq ans et demi d’emprisonnement, mais il a été libéré le 1er octobre 2011.

«Nous continuons d’exhorter les autorités du Bélarus à libérer tous les prisonniers d’opinion qui ont été condamnés à des peines de prison uniquement pour avoir participé à des manifestations politiques non violentes en décembre 2010, a ajouté Heather McGill.

«La population du Bélarus doit avoir le droit d’exprimer pacifiquement sa divergence et ses opinions politiques sans crainte de sévères représailles émanant des autorités.»