Un mémorial à Kalesija, près de Tuzla, commémore les victimes de la guerre de 1992-1995. © AI
Un mémorial à Kalesija, près de Tuzla, commémore les victimes de la guerre de 1992-1995. © AI

Bosnie-Herzégovine Témoignages de femmes victimes de violence sexuelles

Des femmes victimes de violence sexuelles pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine vivant aujourd’hui à Tuzla se sont confiées à Amnesty International.
Témoignages

J’ai survécu, mais je suis la seule à savoir comment. Il est très difficile de vivre, mais je dois vivre et je fais de mon mieux. Tout ce que je fais est pour mes enfants, afin qu’ils aient une meilleure vie, qu’ils ne souffrent pas. Mais nous devons nous battre pour nos droits. Nous ne pouvons pas attendre que quelqu’un nous aide. C’est ainsi, voilà tout. (I., Tuzla)

Je me souviens de tout et j’aimerais que ce ne soit pas le cas. Je me souviens de la torture. Ils m’ont battue jusqu’à ce que je ne puisse plus me lever. Ils venaient et m’emmenaient seule, puis je me retrouvais avec l’homme dans une pièce. J’ai été détenue pendant trois mois. J’ignorais où mes enfants se trouvaient. Je rêve toutes les nuits de ce qui s’est passé. Même avec ces comprimés, je fais ces rêves. Je suis retournée chez mon fils. Je vis avec lui, son épouse et leur fille de cinq ans. Nous pouvons à peine survivre avec ma pension. Mon fils et son épouse n’ont pas de revenus et n’ont pas la possibilité de trouver du travail ici. Je n’ai pas d’assurance maladie ici, alors je parcours 100 km jusqu’à Tuzla pour voir un docteur et suivre ma thérapie à Vive Zene. (M., qui est rentrée de Tuzla, où elle vivait en tant que personne déplacée depuis 2003, à Zvornik, en Republika Srpska, il y a plusieurs années)

L. vivait dans le village près de Zvornik, dans le nord-est de la Bosnie-Herzégovine. Elle était enceinte et avait un fils d’un an quand la guerre a débuté. Son mari était en Croatie pour son travail à l’époque. Lorsque le village a été occupé par les paramilitaires serbes, elle s’est enfuie et s’est cachée dans les bois pendant presque un an avec d’autres villageois des environs. Cependant, en janvier 1993, ils ont commencé à se diriger vers Tuzla pour chercher de la nourriture et un abri. L. et son fils ont été séparés du groupe et elle s’est évanouie, épuisée. Elle s’est réveillée dans un hôpital à Zvornik, entourée de soldats serbes. On lui a dit que son fils était mort. L. était également enceinte de huit mois à ce moment-là. Elle a expliqué à Amnesty International que les soldats l’avaient torturée et que, à cause des violents coups qui lui avaient été infligés, elle avait perdu son bébé. Par la suite, elle a été détenue secrètement dans trois camps successifs à Zvornik et près de Bijeljina, où elle a été violée à plusieurs reprises. Elle a finalement été libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers. Elle s’est rendue à Tuzla, où elle a fini par retrouver son mari. Elle a eu deux enfants après la guerre. Les expériences qu’elle a vécues pendant la guerre lui ont laissé de nombreux problèmes physiques et mentaux chroniques, mais c’est toujours elle qui s’occupe principalement de ses enfants, de son mari et de ses beaux-parents.

Jeudi 29 mars 2012, Amnesty International a publié un nouveau rapport intitulé Old Crimes, Same Suffering: No justice for survivors of wartime rape in north-east Bosnia and Herzegovina.

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29 mars 2012