Plusieurs cas de torture ont été dénoncés au Kazakhstan © Sara Yeomans
Plusieurs cas de torture ont été dénoncés au Kazakhstan © Sara Yeomans

France Un opposant kazakhe risque l’extradition et la torture

5 août 2013
La procédure d'extradition contre Moukhtar Abliazov se doit d’être rigoureuse et équitable. Les autorités françaises doivent notamment veiller à ce qu'il ne soit envoyé dans aucun pays susceptible de le transférer vers le Kazakhstan, où il risque d’être victime de torture et d’un procès inique.

Moukhtar Abliazov, un Kazakh ayant obtenu le statut de réfugié et éminent opposant politique au président Noursoultan Nazarbaïev, a été appréhendé par la police française près de Cannes. Cette opération de police aurait fait suite à une demande d’extradition formulée par l’Ukraine, où Moukhtar Abliazov est accusé de délits financiers par les autorités.

Amnesty International pense qu’il est très probable, dans le cas d’une extradition vers l’Ukraine, que cet homme soit ensuite transféré vers le Kazakhstan, où il risquerait de faire l’objet d’un procès inique, ainsi que d’actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements. «Les autorités françaises doivent soigneusement examiner le cas Abliazov sous tous les angles, et veiller attentivement à ce que cet homme ne soit pas envoyé dans un pays où il risquerait d’être ensuite renvoyé au Kazakhstan.» a indiqué John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

Une opération d’ampleur contre Abliazov

Les autorités kazakhes ont pris pour cibles des proches de Moukhtar Abliazov dans divers pays européens au cours de l’année écoulée, et semblent avoir obtenu le soutien des gouvernements ukrainien et russe dans cette entreprise. En mai, l’épouse de Moukhtar Abliazov, et leur fille de six ans ont été transférées en toute illégalité vers le Kazakhstan depuis l’Italie. Le gouvernement italien avait ensuite annulé l’expulsion face aux nombreuses protestations.

«Le gouvernement italien a cédé aux pressions du Kazakhstan. Les autorités françaises doivent faire attention à ne pas commettre la même erreur. Il ne faut pas qu’elles se chargent des basses besognes du Kazakhstan – ou qu'elles donnent cette impression, a souligné John Dalhuisen. Les pays européens, notamment la France, doivent montrer l’exemple et garantir que les droits fondamentaux de Moukhtar Abliazov soient respectés et protégés. Faute de quoi, l’Europe deviendra profondément impliquée dans les violations des droits humains qui empoisonnent les républiques d’Asie centrale», a prévenu John Dalhuisen.

Moukhtar Abliazov a été auditionné par la cour d'appel d'Aix-en-Provence jeudi 1er août. Il sera maintenu en détention mais ses avocats vont continuer à essayer d’obtenir sa libération sous caution. La procédure d’extradition suivra son cours pendant le mois d’août.

Le rapport intitulé Eurasia: Return to torture: Extradition, forcible returns and removals to Central Asia, publié par Amnesty International en juillet 2013, décrit la coopération qui s’est établie entre la Russie, l’Ukraine et certaines républiques d’Asie centrale, dont le Kazakhstan, concernant les transferts de personnes vers ces pays d’Asie centrale, souvent au mépris de leurs droits fondamentaux.