Chaque semaine, seule une vingtaine de demandes sont acceptées au centre d'Attika, à Athènes. © Nikolas Kominis - Studio Kominis
Chaque semaine, seule une vingtaine de demandes sont acceptées au centre d'Attika, à Athènes. © Nikolas Kominis - Studio Kominis

Grèce Accès difficile et limité aux procédures d'asile

23 octobre 2012
Les personnes en quête d’asile rencontrent de sérieux obstacles pour déposer une demande en Grèce. La demande d'asile doit être enregistrée par les autorités de police. Celles et ceux qui ne parviennent pas à faire enregistrer leur demande vivent dans la peur d'être arrêtés, placés en détention et reconduits à la frontière.

«Les autorités grecques doivent prendre de toute urgence des mesures afin de garantir que tous les requérants d'asile présentes sur le territoire grec aient librement accès aux procédures d'asile», a déclaré Marek Marczynski, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.

Le samedi sur l'avenue Petrou Ralli

La grande majorité des personnes en quête d'asile s'adressent à la Direction de la police des étrangers d'Attika, avenue Petrou Ralli à Athènes, pour déposer leur demande. Dans l'espoir de faire enregistrer leur dossier le samedi matin, elles font la queue durant deux ou trois jours devant la Direction, supportant le froid extrême de l'hiver ou la chaleur torride de l'été. Des mineurs se trouvent dans ces longues files d'attente. Il n'y a pas de toilettes à proximité. Il arrive que des bagarres éclatent dans la queue et des personnes peuvent être blessées.

La Direction de la police des étrangers d'Attika n'enregistre chaque samedi matin qu'un nombre très limité de demandes (une vingtaine en général). De l'aveu même de ses responsables, la Direction n'accepte durant la semaine que les dossiers qui lui sont adressés par des avocats ou des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains. Selon des ONG grecques, il arrive toutefois que même les personnes vulnérables ainsi adressées spécifiquement ne voient pas leur demande enregistrée par les services de Petrou Ralli.

Les personnes en quête d'asile rencontrent incontestablement d'énormes difficultés pour faire enregistrer leur dossier à Attika. Un Iranien en quête d'asile rencontré sur place a expliqué qu'il n'osait pas aller chercher de quoi boire et manger, par crainte de perdre sa place dans la queue. En proie à la faim et à la soif, il avait l'air très affaibli et sur le point de s'évanouir. D'autres personnes avaient expliqué que cela faisait plusieurs fois qu'elles essayaient de faire enregistrer leur demande, et avaient dit combien les conditions d'attente étaient difficiles.

Pourtant, ceux qui n'arrivent pas à déposer une demande d'asile sont de plus en plus exposés au risque d'arrestation et/ou d'expulsion, comme le montrent les vastes coups de filet menés par la police contre les migrants à Athènes en août et durant la première semaine d'octobre. La plupart craignaient d'être arrêtées dans l'une de ces opérations, ou d'être attaquées par des membres de groupes d'extrême droite. Elles ont dit que d'autres personnes n'osaient pas venir déposer une demande d'asile en raison de cette crainte.

Une situation qui stagne depuis des années

Des représentants d'Amnesty International se sont rendus plusieurs fois dans les locaux de Petrou Ralli. Ils ont à chaque fois constaté que la situation n'avait pas évolué depuis les visites précédentes. À chaque visite, ils avaient vu une longue file de demandeurs d'asile de différentes nationalités, notamment des Iraniens et des Syriens, attendant devant le bâtiment pour déposer leur dossier.

Un rapport détaillé, intitulé The Campaign for Access to Asylum in the Attika Area, présente les éléments constatés lors de ces nuits d'observation. Ce document examine les conditions épouvantables dans lesquelles les demandeurs doivent faire la queue, évoque la pratique des autorités de n'accepter le dépôt que d'un tout petit nombre de demandes et aborde l'absence de prise en charge spécifique des mineurs isolés. Le rapport est co-signé par 14 associations, entités, ONG et autres organisations nationales travaillant pour la défense des droits des migrants et des réfugiés. Il présente par ailleurs le cadre juridique national, européen et international, dont les dispositions sont violées par cette pratique persistante des autorités grecques.

L'organisation nourrit de profondes inquiétudes quant à une disposition figurant dans le projet de décret présidentiel sur les procédures en matière d'asile, qui étendrait à un an la durée possible de la privation de liberté pour les personnes déposant une demande d'asile lorsqu’elles sont en en détention (cette période est actuellement de six mois). Le risque d’être privé de liberté durant un an sera un élément dissuasif supplémentaire pour les personnes en quête d'asile qui veulent demander une protection internationale alors qu'elles sont placées en détention, en particulier au vu des conditions pénibles de celle-ci.

Une loi adoptée en 2011 prévoit la création d'une autorité chargée de l'examen des demandes d'asile sans intervention de la police, mais cette autorité ne devrait pas être opérationnelle avant mars 2013.