Grèce Des agressions racistes inquiétantes

20 août 2012
La mort d'un ressortissant irakien, tué à l'arme blanche survient à un moment où les attaques à caractère xénophobe se multiplient. Les autorités grecques doivent se mobiliser davantage pour empêcher les agressions racistes et xénophobes.

La victime, un jeune homme de 19 ans, est mort dimanche 12 août 2012 à l’hôpital, après avoir été frappé de plusieurs coups de couteau, près d'une mosquée aménagée de façon informelle rue Anaxagora, en plein centre d’Athènes. Selon la police, il aurait été agressé par une bande de cinq individus, circulant sur quatre motos.

D’après des témoignages recueillis par la police, cette même bande avait tenté un peu plus tôt de se s’en prendre à un Roumain et à un Marocain, qui étaient parvenus à lui échapper.

«Les attaques de ce genre sont totalement inacceptables et les autorités doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour arrêter leur augmentation», a déclaré Jezerca Tigani, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

Des fusées dans une salle de prière

Plusieurs autres agressions perpétrées contre des étrangers et des lieux de culte par des groupes et des individus non identifiés ont également été signalées mi-août 2012, notamment à Athènes, au Pirée et en Crète.

Au Pirée, une quinzaine de membres d’un groupe d’extrême droite circulant en moto auraient lancé des fusées éclairantes dans une salle de prière où se trouvaient une dizaine d’immigrés de confession musulmane.

Il n’existe aucune mosquée officielle en Grèce. Les personnes de confession musulmane doivent se contenter de salles, d'appartements, d'entrepôts ou de tout autre espace susceptible de servir de lieu de prière. Aucun projet de construction de mosquée officielle n’a pour l’instant abouti.

Attaqués par un groupe d'extrême droite

Dimanche 12 août 2012, en fin d'après-midi, deux ressortissants pakistanais ont dû être hospitalisés après avoir été roués de coups par un groupe d’inconnus qui avaient fait irruption à leur domicile de Vonitsa, dans l’ouest du pays.

Deux Égyptiens ont également déclaré à Amnesty International en juillet 2012 qu’ils avaient été attaqués par une vingtaine de membres d’un groupe d’extrême droite, alors qu’ils dormaient dans une maison du Pirée, en compagnie de quatre compatriotes. L’un d’eux, un jeune pêcheur, avait dû passer plusieurs jours à l’hôpital et subir deux opérations à la face. Cinq hommes et une femme ont été arrêtés après cette agression.

«La multiplication des agressions est préoccupante et témoigne de la colère et de la haine qui existe actuellement dans la société», déplore Jezerca Tigani.

Répression policière contre les immigrés clandestins

L’attaque dont a été victime dimanche 12 août le jeune Irakien s'est produite quelques jours à peine après l'appel lancé aux autorités par Amnesty International pour qu’elles mettent un terme à la campagne de répression policière déclenchée en août 2012 contre les «immigrés clandestins», et qui s’est traduite par l’arrestation de plus de 8 000 étrangers dans la capitale grecque. À la suite de ces rafles, 1 660 personnes ont été déclarées en situation irrégulière et ont été placées en détention administrative. C'est ce qu'a déclaré la police grecque.

«Les récentes opérations policières menées contre les immigrants font craindre que des personnes ne fassent l’objet de discriminations fondées sur leur appartenance ethnique supposée. En outre, ces mesures ne peuvent qu’alimenter les sentiments xénophobes», ajoute Jezerca Tigani.

Amnesty International reconnaît que la Grèce a le droit de contrôler les migrations, mais «elle n’a pas celui de traiter les gens dans la rue comme s'ils étaient des criminels, uniquement en raison de la couleur de leur peau».

«Les autorités grecques doivent se donner pour priorité de gagner la confiance des minorités et des étrangers présents sur le sol grec, en leur donnant l'assurance qu'elles ont les moyens de les protéger de toute violence raciste. Pour cela, elles doivent envoyer un message fort à tous ceux qui commettent ces agressions, pour qu'ils comprennent qu'elles ne seront pas tolérées, que des enquêtes approfondies et énergiques seront menées et que les auteurs présumés seront traduits en justice», conclut la directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.