© Reuters/Y. Karahalis
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Grèce Le nouveau gouvernement doit s'attaquer aux violences policières

En Grèce, la police a fréquemment recours à des moyens de répression disproportionnés, tels que les aérosols de produits chimiques, à l'encontre de manifestants le plus souvent pacifiques. Malgré les nombreux cas signalés de personnes brutalisées au moment de leur arrestation ou pendant leur détention, les autorités refusent de reconnaître l'étendue du problème, laissant ainsi perdurer un climat d'impunité, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public mardi 3 juillet 2012.

«Son accession au pouvoir donne au nouveau gouvernement grec l'occasion de reconnaître l'ampleur des violences policières et de prendre les mesures nécessaires pour remédier au fait que, bien souvent, les autorités policières et judiciaires ne mènent pas rapidement d'enquêtes impartiales et efficaces, a déclaré David Diaz-Jogeix, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International. Sans cela, il y aura encore plus de violations des droits humains qui resteront impunies.»

«Depuis trop longtemps, les autorités grecques minimisent ces violations en les qualifiant d'«incidents isolés». Intitulé Police violence in Greece: Not just "isolated incidents", le nouveau rapport d'Amnesty International rassemble des informations sur les violations des droits humains commises par des membres des forces de l'ordre, et sur l'incapacité des autorités policières ou jucidiaires ou le manque de volonté dont elles font preuve lorsqu'il s'agit d'amener les responsables présumés de ces agissements à rendre des comptes.

Un grand nombre de manifestations principalement pacifiques ont été organisées pour protester contre les mesures d'austérité mises en place face à la crise économique qui s'aggrave dans le pays. Il y a eu de nombreuses allégations de recours excessif à la force, dont l'utilisation de produits chimiques irritants et de grenades paralysantes. Bien souvent, les manifestants, en particulier ceux battus ou aspergés de produits asphyxiants par des policiers, sont dans l'incapacité de noter le numéro de matricule de leurs agresseurs, qui figure à l'arrière des casques, et ne peuvent donc pas porter plainte.

Lors de leur interpellation et de leur détention, des manifestants ont été frappés et n'ont pas été autorisés à contacter un médecin ou un avocat. Ce traitement a aussi été infligé à des personnes soupçonnées d'appartenir à des groupes armés grecs; à des personnes vulnérables, tels que les migrants et les demandeurs d'asile placés en détention en vertu du contrôle des migrations; aux populations vivant en marge de la société, dont des Roms.

«Les agents responsables d'agissements criminels demeurent souvent impunis, et les victimes, sans voie de recours effective, ne peuvent obtenir réparation», a déclaré David Diaz-Jogeix. En outre, la définition de la torture dans le Code pénal grec est considérablement plus réduite que dans les traités internationaux auxquels la Grèce est partie. Amnesty International n'a connaissance que d'un très petit nombre d'affaires où des membres des forces de sécurité ont été inculpés de torture.

L'incapacité des autorités grecques à résoudre les violations des droits humains commises par des responsables de l'application des lois a contribué à ce que les victimes ne fassent plus confiance à la justice et deviennent réticentes à l'idée de signaler de tels agissements. De plus, le gouvernement n'a instauré aucun mécanisme vraiment efficace et indépendant pour enregistrer les plaintes déposées contre la police.

«À moins que les autorités grecques ne fassent des violences commises par des membres des forces de l'ordre une priorité absolue et s'attaquent aux problèmes systémiques qui engendrent ces violences, l'impunité perdurera», a conclu David Diaz-Jogeix.

 

Exemples de cas

Manolis Kypreos est journaliste; il a notamment couvert les manifestations organisées contre les nouvelles mesures d'austérité sur la place Syntagma, à Athènes. Il a révélé à Amnesty International que le 15 juin 2011, le chef d'une unité de police avait ordonné à un de ses hommes de lancer une grenade paralysante dans sa direction. Peu avant d'être agressé, Manolis Kypreos aurait révélé sa profession. À cause de cette attaque, il a totalement perdu l'ouïe, ce qui a mis fin à sa carrière. Fin 2011, le représentant du parquet auprès des tribunaux de première instance d'Athènes a engagé des poursuites contre des policiers qui n'avaient pas encore été identifiés pour les graves blessures intentionnellement infligées au journaliste.

Le 11 mai 2011, lors d'une manifestation contre l'austérité, des membres de la police antiémeute ont frappé Yiannis Kafkas, psychologue au chômage et diplômé en photographie, lui infligeant des blessures presque mortelles à la tête. Son avocat et lui affirment qu'il a été frappé avec un des extincteurs que les policiers antiémeutes transportent avec eux. Yiannis Kafkas est resté à l'hôpital pendant 20 jours, dont 10 en soins intensifs, après avoir été opéré d'urgence. En février 2012, la police a présenté ses conclusions sur les coups portés à cet homme à un procureur d'Athènes. Néanmoins, ce dernier n'aurait pas encore décidé s'il devait inculper un policier, identifié ou non.

Communiqué de presse publié le 3 juillet 2012, Londres / Lausanne.
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