Les requérants d'asile sont maintenus en détention, souvent dans des conditions inadmissible. © Georgios Giannopoulos
Les requérants d'asile sont maintenus en détention, souvent dans des conditions inadmissible. © Georgios Giannopoulos

Grèce Requérants d'asile: «Je veux que le monde entier connaisse notre existence»

20 février 2013
A leur arrive en Grèce, les requérants d’asile sont confrontés à des violences et des abus des droits humains. Une situation inadmissible pour certains habitants de l’île de Lesbos, qui s’organisent en réseaux solidaires. Par Giorgos Kosmopoulos, de l’équipe Union européenne à Amnesty International, et Carmen Dupont, coordonnatrice de la campagne européenne sur les migrations.


Pour la plupart des gens qui s’envolent vers la Grèce, cette destination est synonyme de soleil et de vacances. Il est vrai que le soleil brille aujourd’hui et que la mer est bleue et attrayante. Mais pour beaucoup d’autres, ces flots sont sombres et périlleux.  Après être arrivés à Lesbos, une île toute proche de la Turquie, la première chose que l’on aperçoit sur la route de l’aéroport, ce sont des sacs à dos et des vêtements éparpillés sur une plage toute proche. «Des migrants clandestins sont arrivés ici ce matin», commente le chauffeur de taxi sur un ton indifférent.

Un voyage dangereux, des conditions de vie désastreuses

En décembre 2012, 27 personnes, pour la plupart des Afghans qui tentaient de rallier la Grèce, se sont noyées non loin des côtes de Lesbos, après que leur embarcation eut chaviré. Seul un jeune Afghan de 16 ans a survécu.

Nous avons rencontré Brahim, 15 ans, originaire de Syrie. Il nous raconte qu’il aime jouer au football et marque de nombreux buts pour son équipe. Un jour, Brahim est rentré en sang à la maison. Il avait été attaqué par un groupe de jeunes hommes vêtus de noir. L’un d’entre eux, se souvient-il, criait «Cognez-le, cognez-le». Ces dernières années, les demandeurs d’asile et les migrants irréguliers en Grèce sont confrontés à une nouvelle menace : la multiplication inquiétante des attaques racistes imputables à des membres de groupes d’extrême-droite.

Lors du meme voyage, nous rencontrons à Athènes Alia, originaire d’un pays d’Afrique. Lorsqu’elle a déposé une demande d’asile, on l'a informée qu’elle resterait en détention pour une durée de 12 mois. «Je deviens folle. Je n’ai rien fait de mal et pourtant je me retrouve enfermée. (…) Je veux que le monde entier connaisse notre existence.» Elle nous raconte qu’un jour les femmes se sont mises spontanément à chanter et à danser pendant qu’elles étaient dehors; les gardiens leur ont alors hurlé dessus et leur ont ordonné de cesser immédiatement. «Je demande à tous ceux qui ont de l’humanité de nous venir en aide.»

La solidarité s’organise

Choqués par les conditions de vie des requérants d’asile, les habitants de Lesbos leur viennent en aide. Parmi diverses initiatives citons la création d’un réseau chargé d’aider les nouveaux arrivants, baptisé le «Village pour tous».

«Au cours de l’année 2012, nous avons vu arriver de plus en plus de gens, nous expliquent des habitants de Lesbos. Ces gens étaient incontestablement dans le besoin. Bon nombre d’entre nous se sont impliqués activement pour les aider. Nous avons simplement fait pour eux ce que nous ferions pour n’importe qui dans le dénuement.»

C’est l’une des nombreuses histoires de solidarité qui nous a été contée au cours des derniers jours.  Bien souvent, ces actions de solidarité ne sont pas signalées et ceux qui sont dans le besoin n’en entendent pas parler. Ces actes initiés par des citoyens ordinaires, en Grèce comme ailleurs, devraient rappeler aux gouvernements de toute l’Europe qu’ils ont le devoir de défendre et de respecter les droits des migrants et des réfugiés.