Grèce Requérants d'asile et migrants en danger

La Grèce bafoue gravement les droits des requérant∙e∙s d'asile et des migrant∙e∙s, alerte Amnesty International dans un document de synthèse publié aujourd'hui. On se moque des droits humains et la ...

La Grèce bafoue gravement les droits des requérant∙e∙s d'asile et des migrant∙e∙s, alerte Amnesty International dans un document de synthèse publié aujourd'hui. On se moque des droits humains et la situation qui prévaut actuellement est absolument indigne d'un lauréat du prix Nobel de la paix.

Originaire d'Alep, en Syrie, N. se trouvait en compagnie de six autres Syriens à bord d'une embarcation traversant le fleuve Evros, au mois de juin. Au milieu du fleuve, à l'endroit supposé de la frontière grecque, un bateau de patrouille de la police grecque est arrivé et a commencé à repousser leur canot pneumatique vers la Turquie. Un policier a alors crevé le canot avec un couteau. L'embarcation a coulé et les migrants ont dû regagner la rive turque à la nage.

Il ne s'agit là que d'un exemple parmi d'autres figurant dans le nouveau rapport d'Amnesty International intitulé : « Grèce : Le bout de la route pour les réfugié∙e∙s, les requérant∙e∙s d'asile et les migrants » qui décrit la violence quotidienne à laquelle sont confrontés les réfugiés et les migrants et migrantes dans ce pays.

« Le non-respect par la Grèce des droits des migrant∙e∙s et des requérant∙e∙s d'asile prend maintenant les proportions d'une crise humanitaire», a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International. Dans un contexte marqué par une forte pression migratoire, une crise économique profonde et une xénophobie montante, la Grèce se révèle incapable de satisfaire ne serait-ce que les besoins les plus fondamentaux des milliers de requérantes et requérants d'asile et de migrant∙e∙s qui arrivent chaque année : la sécurité et un toit. »

Certes la Grèce doit assumer une lourde charge, mais rien ne justifie les obstacles que rencontrent les personnes en quête de protection qui cherchent à déposer leur demande d'asile. Une loi de 2011 a entraîné la création d'un organisme chargé d'instruire les requêtes mais, faute de personnel, celui-ci n'a toujours pas traité le moindre dossier.

Pendant ce temps, une vingtaine de personnes seulement parviennent chaque semaine à faire enregistrer leur demande à la Direction de la police des étrangers à Athènes. La file d'attente s'étire sur des centaines de mètres et de nombreux requérant∙e∙s d'asile sont contraint∙e∙s de se bagarrer pour garder leur place dans la queue.

Celles et ceux qui ne parviennent pas à déposer leur demande - ou qui finissent par renoncer - risquent d'être arrêtés lors d'opérations massives de la police, et d'être placés pendant un an, voire plus, dans des centres de détention surpeuplés où règnent des conditions d'hygiène déplorables.

« La situation des mineurs isolés, un groupe parmi les plus vulnérables, est particulièrement préoccupante. Lors d'une visite effectuée récemment au centre de détention de Corinthe, nous avons constaté que plusieurs enfants étaient détenus avec des adultes, dans des conditions très difficiles. Lorsque les places manquent dans les centres de réception, ils sont laissés à la rue, sans hébergement.»

Par ailleurs, le nombre d'agressions racistes s'est envolé en 2012. Requérant∙e∙s d'asile, migrant∙e∙s, mosquées, magasins et foyers de communautés étrangères ont été - à un rythme quasiment quotidien depuis l'été dernier - la cible d'attaques de la part d'extrémistes de droite. « Les autorités grecques doivent sortir de leur passivité et condamner ces actes avec fermeté et mener des enquêtes dignes de ce nom sur toutes les violences à caractère raciste » a déclaré Dalhuisen.

« Suite à un arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme, la majorité des États européens ont pris la mesure qui s'imposait et ont suspendu les renvois de demandeurs d'asile vers la Grèce, dans l'attente que celle-ci réforme ses procédures», a poursuivi John Dalhuisen. « Les membres de l'Union européenne doivent toutefois partager plus équitablement le fardeau du traitement des demandes et de l'accueil des requérants d'asile. »

Communiqué de presse publié le 20 décembre 2012, Londres, Berne.
Contact du service de presse