Des Roms roumains dans le camp Centocelle, à Rome. Un projet immobilier controversé a déjà conduit à l'expulsion forcée de centaines de Roms. © AI
Des Roms roumains dans le camp Centocelle, à Rome. Un projet immobilier controversé a déjà conduit à l'expulsion forcée de centaines de Roms. © AI

Italie Il faut que les autorités italiennes mettent fin aux expulsions forcées de Roms

11 mars 2010
Amnesty International a appelé la municipalité de Rome à mettre fin à un projet immobilier controversé qui s’est traduit par l’expulsion forcée de centaines de Roms et qui pourrait donner lieu à des milliers d’autres expulsions au cours des mois à venir.

Dans un nouveau document de synthèse intitulé The Wrong Answer - Italy’s “Nomad Plan” violates the housing rights of Roma in Rome, Amnesty International montre que le projet, qui a débuté en juillet 2009, viole les droits fondamentaux de milliers de Roms.

Le programme prévoit la destruction de plus de 100 groupements d’habitations roms dans la capitale ; environ 6 000 Roms doivent être relogés dans seulement 13 emplacements, nouveaux ou élargis, situés dans les environs de la ville. Le projet va sans doute laisser plus de 1 000 Roms sans domicile.  

«Ces mesures doivent être immédiatement repensées, a déclaré Ignacio Jovtis, spécialiste de l’Italie au sein d’Amnesty International. Elles risquent de faire perdre à de très nombreuses familles roms de la capitale italienne leurs biens, leurs liens sociaux ainsi que leur accès à l’emploi et aux services publics.»

«Il y a un risque également que ce plan, s’il est mis en œuvre, n’ouvre la voie aux expulsions forcées dans d’autres régions italiennes. Les expulsions sans consultation préalable ni offre d’un logement de remplacement adapté pour tous les habitants affectés constituent une violation des droits fondamentaux de ces personnes.»

Au cours des derniers mois, des centaines de familles roms ont déjà été chassées de cinq emplacements dans la ville. Avant la fermeture en février 2010 de Casilino 900, l’un des quartiers roms les plus importants d’Europe, plusieurs responsables roms avaient été longuement consultés. Cependant, les normes internationales relatives aux droits humains requièrent que tous les habitants expulsés soient consultés.

Ne faisant pas partie officiellement du «Plan Nomades», la fermeture de Casilino 700 en novembre 2009 a eu lieu sans consultation préalable et a laissé des centaines de Roms dans la rue. Les habitants de nombreux campements non autorisés risquent de subir le même sort, ce qui soulève la question du caractère global ou non du plan envisagé.  

«De nombreux Roms vivent dans des bicoques et des caravanes sans bénéficier des conditions d’hygiène élémentaires, a déclaré Ignacio Jovtis. La situation actuelle est le résultat d’années de négligence, de politiques inadaptées et de discrimination de la part des gouvernements successifs. La volonté de remédier à cette situation déplorable est en soi bienvenue et la qualité de vie de nombreux Roms s’en trouvera améliorée. Mais le plan est incomplet et risque de détériorer les conditions de vie déjà précaires de nombreux autres Roms. Ce n’est pas une bonne solution.»

Au lieu de permettre aux familles roms d’accéder à des logements convenables, les autorités les envoient vivre dans des campements éloignés. Cette situation va renforcer les obstacles et la discrimination auxquels sont confrontés les Roms au moment de postuler à un emploi régulier qui leur permettrait de se payer un logement privé.

Les Roms vivant dans des campements ne sont pas habilités à obtenir un logement social du fait que le système d’attribution actuel prend en compte uniquement les personnes expulsées de logements privés. Ceci doit être modifié.

Amnesty International considère que sous sa forme actuelle le «Plan Nomades» ne respecte pas l’obligation qu’a l’Italie de veiller à ce qu’il n’y ait pas de discrimination contre certains groupes ni de ségrégation dans le logement.  

«Ce plan concerne officiellement les "Nomades", alors que la plupart des Roms concernés sont sédentaires. En qualifiant tous les Roms de «nomades» et en les traitant en tant que tels, les instigateurs de ce plan perpétuent les problèmes qu’ils sont censés résoudre», a conclu Ignacio Jovtis.


Des citoyens italiens

Le nombre de Roms vivant à Rome et dans les environs va de 12'000 et 15'000 selon les estimations. Près de 3'000 d’entre eux sont des Sintis italiens installés de longue date dans le pays. À partir des années 1960, de nombreux Roms sont arrivés en Italie en provenance des États de l’ancienne Yougoslavie. Un grand nombre d’entre eux ont des permis de séjour et nombre de leurs enfants sont des citoyens italiens. Au cours des dix dernières années, un nombre significatif de Roms sont également arrivés en Italie en provenance des nouveaux États membres de l’Union européenne, de Roumanie notamment. Quelques milliers de Roms vivent dans des logements permanents à Rome mais la plupart se retrouvent dans des sortes de camps.  

Au cours des dernières années, les autorités italiennes ont pris plusieurs mesures discriminatoires qui ont contribué à stigmatiser les Roms vivant en Italie. Les expulsions forcées sont devenues plus fréquentes depuis que des accords spéciaux sur la sécurité ont été conclus entre le gouvernement national et certaines municipalités, accords qui se sont traduits par le transfert de certaines prérogatives du ministère de l’Intérieur aux autorités locales. Le but était de répondre à ce qui était perçu comme des menaces à la sécurité, notamment celle représentée soi-disant par la présence de communautés roms et sintis dans ces villes.