Italie La grâce accordée à un militaire américain encourage l’impunité

Article publié par Al-Jazeera le 18 avril
Un ressortissant américain condamné dans l'affaire de l'enlèvement d'Abou Omar en 2003 a été gracié. Ce revers montre que le président italien Giorgio Napolitano plie honteusement sous l'influence du gouvernement américain.

Joseph Romano, un officier de l’armée de l’air des États-Unis, était le chef de la sécurité à la base aérienne d'Aviano en février 2003, lorsque des agents américains et italiens ont enlevé Abou Omar à Milan. Abou Omar a d'abord été emmené à Aviano, puis transféré via l'Allemagne au Caire, où il a signalé avoir été torturé lors de sa détention dans les cellules égyptiennes. En septembre 2012, la plus haute juridiction italienne a confirmé la condamnation de Joseph Romano et de 22 agents de la CIA pour leur participation à l'enlèvement.

La déclaration du président Napolitano semble excuser Joseph Romano du fait qu'il aurait suivi les «ordres supérieurs» des autorités américaines. Pourtant, depuis plus de 60 ans, les cours et tribunaux internationaux ont rejeté cette défense pour toute poursuite pénale grave.

Les Etats-Unis restent en eau trouble

La grâce accordée semble être une faveur politique au président américain Barack Obama. Le président italien a affirmé que le gouvernement Obama ne perpétuait pas les politiques de l’administration Bush, jugées comme «incompatibles avec les principes fondamentaux de la primauté du droit». C'était une référence au programme américain de «restitutions» et de détentions secrètes. Selon ce programme, des personnes pouvaient être enlevées et transférées en dehors de toute procédure régulière vers des pays où elles risquaient la torture.

On a bien observé avec quelle vigueur l'administration Obama a bloqué toutes les tentatives de faire rendre des comptes aux personnes impliquées dans les programmes de «restitutions». En accordant une grâce à Joseph Romano, le gouvernement italien a éliminé toute possibilité de le traduire en justice pour ses crimes présumés. Il est hautement improbable que les États-Unis soumettent cet homme ou tout autre ressortissant américain à des enquêtes et des poursuites pénales pour leurs rôles dans les restitutions et les détentions secrètes.

La grâce du président italien va à l'encontre de décennies de travail des gouvernements, des ONG, des militants, des avocats et des victimes visant à établir d'un système de reddition de comptes pour les violations des droits humains. Cette décision elle-même est «incompatible avec les principes fondamentaux de la primauté du droit» et représente un recul choquant pour la protection des droits humains. Le président italien Giorgio Napolitano devrait s'en sentir honteux.