Des familles entières ont été victimes d'expulsions forcées en septembre 2013, à Via Salvati (Rome). © AI
Des familles entières ont été victimes d'expulsions forcées en septembre 2013, à Via Salvati (Rome). © AI

Italie Les camps de ségrégation de Roms, une honte pour la ville de Rome

30 octobre 2013
Le système d'aide au logement mis en place par les autorités municipales de Rome est discriminatoire et fonctionne avec deux poids, deux mesures, empêchant des milliers de Roms de bénéficier d'un logement décent, écrit Amnesty International dans un rapport publié le 30 octobre.

«La municipalité de Rome maintient des milliers de Roms à l'écart de la société. Son système d'aide au logement est conçu et mis en œuvre de telle manière que ces personnes sont condamnées, uniquement en raison de leur origine ethnique, à vivre dans des logements insalubres à l'écart du reste de la population, dans des camps éloignés des services et des quartiers résidentiels. C'est une honte pour la ville de Rome», a déclaré John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale.

Un rapport documente des pratiques discriminatoires

Le rapport d'Amnesty International intitulé Double standards: Italy’s housing policies discriminate against Roma décrit comment plus de 4 000 Roms vivant dans des camps officiels à Rome ont été victimes d'une discrimination systématique, en particulier lors de demandes de logements sociaux.

Malgré les conditions déplorables dans lesquelles ils vivent, depuis plus de 10 ans, les critères de priorité appliqués les empêchent de bénéficier de logements sociaux. Les personnes déposant une demande pour ce type de logement doivent prouver qu'elles ont été expulsées légalement d'un logement de location privé, ce qui est impossible pour les Roms vivant dans des camps ou qui ont été expulsés de force.

En 2008, l'ancien maire de Rome avait élaboré le «plan Nomades», visant à fermer les sites d'habitat informel et à séparer leurs occupants du reste de la population en les envoyant dans des camps officiels réservés aux Roms, situés loin des quartiers résidentiels.

Quelques bonnes nouvelles

Lors d'une rencontre avec Amnesty International lundi 28 octobre, la nouvelle équipe municipale a semblé disposée à abroger les instructions discriminatoires qui empêchent les Roms vivant dans des camps de bénéficier de logements sociaux, ce qui représenterait un pas important dans la bonne direction.

Elle a également indiqué que le «plan Nomades» avait été abandonné. C'est une bonne nouvelle. La municipalité de Rome doit poursuivre sur sa lancée en élaborant des initiatives concrètes visant, à court terme, à atténuer la ségrégation et à améliorer les conditions de vie des personnes vivant dans les camps, et en mettant en place des projets à long terme pour en finir avec le système parallèle de logement qui condamne les Roms à la vie dans des camps.

La position d’Amnesty International

«Amnesty International ne demande pas que les Roms vivant dans des camps de la capitale soient prioritaires pour l’accès aux logements sociaux de la ville, qui sont en nombre limité. L'organisation demande qu'ils bénéficient des mêmes chances que le reste de la population, indépendamment de leur origine ethnique », a déclaré John Dalhuisen.

«Les Roms font partie intégrante de la société italienne. Pourtant, ils restent parmi les personnes les plus gravement touchées par les conditions de logement inadaptées et une discrimination généralisée, à Rome et dans de nombreuses autres villes du pays.»

Les autorités locales et nationales ont pour obligation de faire respecter le principe de non-discrimination. La fin de la ségrégation de familles roms dans des camps n'est envisageable que si celles-ci peuvent bénéficier de conditions non discriminatoires en matière de logement, y compris de logement social.


Témoignages

Miriana Halilovic, de nationalité italienne, est mariée et mère de quatre enfants, dont les plus jeunes ont vu le jour mi-2013. Après leur expulsion forcée d'une zone d'habitat informel en 2010, cette famille a été installée dans un tout petit mobile-home dans le camp officiel de Salone. « Lorsqu'ils nous ont fait partir de Casilino 900, ils nous ont dit que ce ne serait pas pour longtemps. Je suis là depuis trois ans et demi, maintenant. Ici on est isolé du reste du monde. Un de mes enfants me demande sans cesse : “Quand est-ce qu'on part d'ici ? Pourquoi on n'a pas de maison ?” Qu'est-ce que je devrais dire à mon fils ? Que les autres gens sont mieux que nous ? » Miriana attend de savoir si sa demande de logement social va aboutir.

Hanifa a 23 ans et vit dans le camp officiel de Castel Romano, à Rome, depuis trois ans avec son mari et ses cinq enfants. « Ils ont enlevé l'arrêt de bus. C’est comme d'être en prison. Si vous n'avez pas de voiture, vous pouvez même mourir par manque de nourriture ! »

Georgescu Vassile, boulanger, vient de Roumanie. Il est arrivé en Italie avec sa femme en 1999. « J'ai déposé une demande de logement social en 2001, j'avais huit points sur l'ancienne liste, ce n'était pas assez. Nous vivons à trois familles dans un seul container, avec mes deux fils, leurs femmes et mes trois petits-enfants. Nous avons pensé louer mais c'est très difficile. Pour 11 personnes, il faudrait payer 1 000 euros. Avec les frais, ça fait 1 500 euros. On ne peut pas se le permettre. On n'a que deux salaires. »