Kazakhstan La torture en toute impunité

9 juillet 2013
Amnesty International a accusé le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev, d'avoir dupé la communauté internationale quand il s'est engagé, avec son gouvernement, à éradiquer la torture et à enquêter pleinement sur le recours à la force meurtrière par la police.

Dans un rapport rendu public jeudi 11 juillet 2013, Amnesty International dénonce l'impunité dont jouissent les forces de sécurité et l'omniprésence de la torture dans les centres de détention. Ce rapport, intitulé Old habits: The routine use of torture and other ill-treatment in Kazakhstan, précise qu'au moins 15 personnes ont été tuées et plus d'une centaine d'autres grièvement blessées lorsque les forces de sécurité ont fait usage d'une force excessive et meurtrière pour disperser des manifestants à Janaozen, en décembre 2011. Des dizaines de personnes ont été arrêtées par les forces de l'ordre et torturées dans des cellules souterraines surpeuplées de la police.

Amnesty International appelle le président à autoriser et à faciliter l'ouverture d'une enquête internationale indépendante sur le recours à la force meurtrière par les forces de sécurité à Janaozen en décembre 2011, comme l'a recommandé la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay. «Les forces de sécurité du Kazakhstan ont blessé et tué des gens lors de la dispersion des manifestations à Janaozen, elles ont torturé les personnes arrêtées et les ont mises dans des prisons où les conditions de détention s'apparentent à des mauvais traitements, tandis que les autorités leur garantissaient l'impunité en n'enquêtant pas sur ces agissements, en violation flagrante de leurs obligations, a dénoncé Nicola Duckworth, directrice générale chargée des recherches à Amnesty International. Bien que les autorités n'aient cessé d'affirmer qu'elles avaient mené des enquêtes approfondies et impartiales, 17 mois après les violences de Janaozen, justice n'a toujours pas été rendue pour le recours à une force excessive et meurtrière, les détentions arbitraires ainsi que la torture et les autres mauvais traitements qui se sont traduits par des procès inéquitables pour des dizaines de personnes. »

Aucune charge retenue contre les agents de sécurité

À la suite de l'enquête menée en 2012 sur le recours à la force à Janaozen, seuls cinq gradés ont été reconnus coupables d'abus de pouvoir et condamnés à des peines de prison. En revanche, aucune charge n'a été retenue contre les nombreux autres agents de la force publique qui ont reconnu publiquement avoir tiré sur les manifestants. Selon des témoins, les personnes arrêtées ont été détenues au secret dans des cellules surpeuplées, et ont été déshabillées, frappées, notamment à coups de pied, et soumises à des jets d’eau froide. Au moins un homme est mort des suites de ces actes de torture. Les contrôles par ceux qui étaient autorisés à entrer dans les centres de détention n'ont pas pu être menés de façon indépendante ni exhaustive.

Pendant son procès en 2012, la militante du droit du travail Roza Touletaïeva, accusée d'être l'une des principales instigatrices des violences de décembre 2011, a raconté que les agents des services de sécurité l'avaient suspendue par les cheveux, lui avaient mis un sac en plastique sur la tête pour l’empêcher de respirer, et l’avaient soumise à des humiliations sexuelles. Ils avaient aussi menacé de s'en prendre à sa fille de 14 ans. Roza Touletaïeva a été condamnée à cinq ans d’emprisonnement pour «incitation à la discorde sociale».

Les autorités bottent en touche

Les autorités continuent de rejeter les allégations de torture, y compris celles faites sous serment dans les tribunaux par des personnes arrêtées après les violences de Janaozen. Dans une parodie de justice, l'équipe de magistrats du parquet qui avait enquêté sur les violences et ordonné les mises en détention a été chargée d'enquêter sur les allégations de torture. Bazarbaï Kenjebaïev est mort le 21 décembre 2011, deux jours après sa sortie de garde à vue. Il a raconté à sa famille et à un journaliste russe qu'il avait été torturé dans le principal poste de police de Janaozen après son arrestation à la suite des violences le 16 décembre.