Une manifestante lors de la XXI Warsaw Manifa le 8 mars 2020 à Varsovie, en Pologne. ©Aleksander Kalka/NurPhoto
Une manifestante lors de la XXI Warsaw Manifa le 8 mars 2020 à Varsovie, en Pologne. ©Aleksander Kalka/NurPhoto

Pologne Des actions militantes provoquent le «gel» des projets de loi sur l’avortement et l’éducation à la sexualité

17 avril 2020
Des projets de loi restreignant l’avortement et interdisant l’éducation à la sexualité pourraient être adoptés à la hâte par le Parlement polonais sous couvert de COVID-19. Toutefois, des actions menées pendant le confinement ont provoqué le «gel» de ceux-ci.

Le 15 avril, alors que le Parlement polonais s’apprêtait à débattre de deux lois draconiennes qui cherchent à criminaliser l’accès à l’avortement et à interdire l’éducation sexuelle tout en assimilant l’homosexualité à la pédophilie, Draginja Nadazdin, directrice d’Amnesty International Pologne, avait déclaré:

«Tenter de faire adopter ces lois rétrogrades serait honteux en toutes circonstances, mais les faire passer en hâte sous couvert de la crise du COVID-19 est indéfendable.

«Ces lois vont alimenter la peur et l’ignorance et restreindre encore davantage l’accès à l’avortement pour les femmes, dans un pays où la législation en la matière est déjà l’une des plus restrictives d’Europe.

Un jour plus tard, le 16 avril dernier, les députés polonais ont décidé de ne pas adopter deux projets de loi visant à interdire l’éducation à la sexualité et à restreindre encore davantage l’accès à l’avortement, mais de transmettre ces textes à des sous-commissions pour poursuivre le débat, ce qui dans les faits revient à «geler  leur adoption dans un avenir proche,  Draginja Nadazdin, a déclaré:

«C’est une honte que les parlementaires n’aient pas rejeté catégoriquement ces deux projets de loi rétrogrades, mais le vote de ce jour témoigne du pouvoir de la contestation, même et surtout, durant la pandémie de COVID-19.

«C’est une honte que les parlementaires n’aient pas rejeté catégoriquement ces deux projets de loi rétrogrades, mais le vote de ce jour témoigne du pouvoir de la contestation, même et surtout, durant la pandémie de COVID-19.»Draginja Nadazdin Directrice d'Amnesty Pologne

«Les voix de milliers de personnes qui ont pris part à des actions créatives cette semaine ont certes été assourdies par leurs masques, mais leur message n’en a pas été moins distinctement délivré.

«Dans un pays où les droits en matière de sexualité et de procréation sont déjà très limités, l’éducation à la sexualité est essentielle en vue d’aider les jeunes gens à prendre des décisions sur des sujets comme le consentement, la contraception et la prévention des infections sexuellement transmissibles. Nous continuerons de suivre les mesures prises par les autorités afin de veiller à ce que ces textes de loi régressifs n’aillent pas plus loin lorsqu’ils referont inévitablement surface.»

Complément d’information

Le débat sur ces deux projets de loi étant programmé durant la pandémie de COVID-19, il n’est pas envisageable de manifester dans la rue. Aussi a-t-il été décidé d’organiser une « manifestation virtuelle en plein confinement », parmi les premières de ce type: La manifestation virtuelle débutera le 14 avril dans l’après-midi ; des milliers de militant·e·s posteront des selfies avec le hashtag #ProtestAtHome. Beaucoup utiliseront comme arrière-plan le Parlement polonais, pour souligner qu’ils adressent leurs demandes aux députés polonais. #ProtestAtHome #NieSkladamyParasolek #StrajkKobiet Pour des mises à jour en live sur Twitter, suivez @amnestyPL @mcostariba @AnnaMBlus

Ces deux projets de loi sont des «initiatives citoyennes». Le premier limiterait fortement l’avortement, tandis que le second, à l’initiative d’organisations anti-LGBTI, ferait de l’enseignement ou même de la promotion de l’éducation à la sexualité auprès de personnes âgées de moins de 18 ans une infraction passible d’une peine maximale de trois ans de prison.

Le Parlement, formé à la suite des élections d’octobre 2019, a l’obligation légale d’examiner les projets de loi émanant d’«initiatives citoyennes» dans les six mois suivant sa mise en place – d’ici mai 2020.