Les enfants roms sont trop souvent relégués à un enseignement "pratique". © Jiri Dolezel
Les enfants roms sont trop souvent relégués à un enseignement "pratique". © Jiri Dolezel

République tchèque La discrimination des enfants roms à l’école continue

8 novembre 2012
En République tchèque, les enfants roms sont toujours privés des possibilités d’éducation offertes aux autres élèves. Et ce, cinq ans après que la Cour européenne des droits de l’homme a déclaré que les autorités avaient fait acte de discrimination.

Dans le rapport intitulé Five more years of injustice: Segregated education for Roma in the Czech Republic, il apparaît clairement que les enfants roms continuent d’être surreprésentés dans les écoles et les classes réservées aux enfants souffrant de handicaps mentaux légers, et placés dans des écoles réservées aux Roms. Ce rapport pointe du doigt les lacunes du système éducatif tchèque qui exclut les enfants roms du système classique.

«Le système éducatif en République tchèque manque à ses obligations envers les enfants roms, ce qui a des répercussions dévastatrices pour leur avenir. Des milliers d’élèves roms sont pris au piège dans des écoles qui leur sont réservées, ce qui leur laisse peu de chances de poursuivre leurs études et limite drastiquement leurs possibilités en termes d’emploi», a déploré Dezideriu Gergely, directeur exécutif du Centre européen pour les droits des Roms (CEDR).

L’arrêt historique de la CEDH est resté lettre morte

En novembre 2007, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la République tchèque, estimant qu’elle avait bafoué le droit des enfants roms à une éducation libre de toute discrimination, en les plaçant dans des «écoles spéciales» destinées aux élèves souffrant de handicaps mentaux légers, où ils recevaient une éducation de qualité inférieure.

«Malheureusement, de nombreux élèves roms en République tchèque revivent aujourd’hui l’expérience des requérants qui ont porté plainte auprès de la Cour européenne il y a plus de 10 ans.» Dezideriu Gergely.

«Depuis cinq ans, le gouvernement ne s’est pas attaqué à ce problème. En cela, il a gravement bafoué les obligations qui lui incombent. Le droit à l’éducation sans discrimination est inscrit dans le droit international relatif aux droits humains depuis au moins 1948. Malgré cela, et malgré l’arrêt rendu en 2007 par la Cour européenne, les enfants roms continuent d’être privés de ce droit fondamental», a indiqué John Dalhuisen, directeur du programme Europe et Asie centrale d’Amnesty International.

«Le gouvernement tchèque a certes reconnu l’existence de ségrégation envers les enfants roms dans les écoles, mais n’a pas été capable de mettre en œuvre ses propres projets et engagements en vue de l’éradiquer», a estimé John Dalhuisen.

Un système éducatif qui perpétue les inégalités

«Le système éducatif tchèque permet d’orienter trop facilement des élèves vers un enseignement "pratique". Ces dispositions touchent particulièrement les enfants roms, qui sont toujours surreprésentés dans cette branche de l’enseignement», a expliqué Dezideriu Gergely du CEDR.

« Sans accès à un enseignement de qualité, les Roms ne pourront sortir du cycle de la pauvreté et de la marginalisation. Tant que la fin de la ségrégation et la suppression d’un enseignement séparé et inégal ne seront pas placées au cœur de la politique tchèque en matière d’éducation, le cercle vicieux de la discrimination perdurera », a noté Dezideriu Gergely.

«Il est temps que les autorités fassent preuve de volonté politique afin de mettre un terme à la ségrégation dans les écoles. Pour commencer, elles doivent mettre en œuvre le Plan national d’action pour une école ouverte à tous et la Stratégie de lutte contre l’exclusion sociale, déjà existants, et réformer le système actuel des "écoles pratiques". Elles doivent veiller à ce que toutes leurs mesures soient conformes aux normes régionales et internationales en matière d’éducation et de non-discrimination», a conclu John Dalhuisen.