© David Levenson/Getty Images
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Royaume-Uni Extrader Julian Assange serait une menace pour la liberté de la presse

Communiqué de presse publié le 13 fèvrier 2024, Londres - Genève. Contact du service de presse
À la veille de la prochaine audience de Julian Assange devant les tribunaux britanniques en vue de son éventuelle extradition vers les États-Unis, Amnesty International réitère ses inquiétudes quant au risque de graves violations des droits humains en cas d'extradition et met en garde contre un profond «effet paralysant» sur la liberté de la presse dans le monde.

« Le sort des éditeurs et des journalistes d'investigation du monde entier est en suspens. Si Julian Assange est renvoyé aux États-Unis et y fait l'objet de poursuites, la liberté des médias dans le monde sera également mise à l'épreuve », déclare Julia Hall, spécialiste de la lutte contre le terrorisme et de la justice pénale en Europe au sein d'Amnesty International.

« M. Assange souffrira personnellement de ces accusations motivées par des considérations politiques, et la presse mondiale sera informée qu'elle n'est pas non plus à l'abri. » Le droit à l'information et sur les actions des gouvernements au nom de l’intérêt public sera profondément compromis. Les États-Unis doivent abandonner les charges retenues contre Julian Assange au titre de la loi sur l'espionnage et mettre fin à sa détention arbitraire au Royaume-Uni.

Si Julian Assange perd la possibilité de faire appel, il risquerait alors jusqu'à 175 ans de prison aux États-Unis.

Si Julian Assange perd la possibilité de faire appel, il risque d'être extradé vers les États-Unis et poursuivi en vertu de l'Espionage Act de 1917, une loi héritée de la seconde guerre mondiale et qui n'a jamais eu pour but de cibler le travail légitime des journalistes. Il risquerait alors jusqu'à 175 ans de prison. En ce qui concerne l'accusation moins grave de fraude informatique, il pourrait se voir infliger une peine maximale de cinq ans.

Assange serait également exposé à un risque élevé d'isolement prolongé dans une prison de haute sécurité. Malgré les « assurances diplomatiques » offertes par les États-Unis au Royaume-Uni, censées garantir sa sécurité en cas d'incarcération, celles-ci comportent tellement de réserves qu'elles ne peuvent être considérées comme fiables.

« On ne peut pas se fier aux garanties américaines, selon lesquelles il sera bien traité dans une prison américaine. Elles sonnent creux si l'on considère que M. Assange risque des dizaines d'années d'incarcération dans un système bien connu pour ses abus, notamment la détention prolongée à l’isolement et la médiocrité des services de santé offerts aux détenus. Les États-Unis ne peuvent tout simplement pas garantir sa sécurité et son bien-être, comme ils ne l'ont pas fait pour les centaines de milliers de personnes qui y sont actuellement emprisonnées », ajoute Julia Hall.

Une menace mondiale pour la liberté des médias

Une extradition de Julian Assange créerait un dangereux précédent : le gouvernement américain pourrait demander l'extradition d'éditeurs et de journalistes du monde entier. D'autres pays pourraient suivre l'exemple des États-Unis.

« La publication par Julian Assange de documents qu’il a obtenus de sources confidentielles dans le cadre de son travail avec Wikileaks reflète le travail des journalistes d'investigation. Ceux-ci exercent régulièrement les activités décrites dans l'acte d'accusation : parler avec des sources confidentielles, demander des éclaircissements ou des documents supplémentaires, recevoir et diffuser des informations officielles et parfois classifiées », déclare Julia Hall.

Les organes de presse publient souvent – et à juste titre – des informations classifiées. La publication d'informations d'intérêt public est une pierre angulaire de la liberté de la presse. Elle est également protégée par le droit international relatif aux droits humains et ne devrait pas être criminalisée.

« Il s'agit d'un test envers les principes fondamentaux de la liberté de la presse. ... Il n'y a pas que Julian Assange sur le banc des accusés. » Julia Hall, spécialiste de la lutte contre le terrorisme et de la justice pénale en Europe à Amnesty International

Pour Julia Hall, « les efforts déployés par les États-Unis pour intimider et réduire au silence les journalistes d'investigation qui révèlent des fautes gouvernementales, telles que des crimes de guerre ou d'autres violations du droit international, doivent être stoppés net. Les sources telles que les lanceurs d’alerte qui exposent les actes répréhensibles du gouvernement aux journalistes et aux éditeurs doivent également être libres de partager des informations dans l'intérêt du public. Ils seront beaucoup plus réticents à le faire si Julian Assange est poursuivi pour s'être livré à un travail légitime. »

« Il s'agit d'un test pour les autorités américaines et britanniques quant à leur engagement envers les principes fondamentaux de la liberté de la presse, et par la même occasion à la liberté d'expression et au droit à l'information. Il n'y a pas que Julian Assange sur le banc des accusés. Réduisez Assange au silence, et d'autres seront bâillonnés ! »

Contexte

La Haute Cour du Royaume-Uni a confirmé la tenue d'une audience de deux jours les 20 et 21 février 2024. L'issue de cette audience déterminera si Julian Assange sera autorisé à plaider sa cause devant les tribunaux britanniques ou s'il aura épuisé tous les recours juridiques dans le pays – ce qui conduirait à la procédure d'extradition ou à une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'homme.