Des civils montent dans des trains en direction de l'ouest pendant l'évacuation dans le Donbass, en Ukraine, le 7 août 2022. © Wolfgang Schwan/Anadolu Agency via Getty Images
Des civils montent dans des trains en direction de l'ouest pendant l'évacuation dans le Donbass, en Ukraine, le 7 août 2022. © Wolfgang Schwan/Anadolu Agency via Getty Images

Russie / Ukraine «Filtration» des civil·e·s ukrainien·ne·s: une pratique choquante

12 septembre 2022
De nombreux Ukrainiens déplacés se retrouvent involontairement en Russie ou dans des territoires occupés par cette dernière. Cette pratique dite de «filtration» est une violation des droits humains.

Les forces russes ont transféré de force à Donetsk des civils ukrainiens, parmi lesquels des mineurs non accompagnés, séparés de leur famille ou orphelins, ainsi que les membres d’institutions qui s'occupent de personnes âgées ou en situation de handicap de Marioupol. Une procédure appelée «filtration», qui bafoue les droits humains, comme l'a récemment attesté les Nations unies. De son côté, Amnesty International a constaté de manière indépendante le caractère profondément abusif et humiliant de ces pratiques.

«La procédure abusive et humiliante appelée "filtration" constitue une violation du droit international humanitaire et relatif aux droits humains», a déclaré Marie Struthers, directrice du programme Europe de l'Est et Asie centrale à Amnesty. «D’après nos recherches, de nombreux Ukrainiens déplacés se retrouvent involontairement en Russie ou dans des territoires occupés par la Russie, même s'ils ne sont pas physiquement contraints de se déplacer. Le droit international humanitaire prohibe l’expulsion et le transfert forcé de civils en territoire occupé, qui sont susceptibles de constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l'humanité.  Faire subir à ces civils déplacés de force une "filtration" abusive est à la fois cynique et cruel.»

«En outre, nous sommes préoccupés par la situation des groupes vulnérables, notamment les mineurs non accompagnés, séparés ou orphelins, et les personnes âgées ou en situation de handicap : certains n’ont pas pu fuir vers des territoires contrôlés par l'Ukraine, les soldats russes les en ayant empêchés. Beaucoup se sont retrouvés dans l'incapacité de quitter la Russie ou les zones occupées par la Russie une fois transférés dans ces lieux.»

«Les autorités russes doivent permettre à la communauté internationale de se rendre dans les abris temporaires destinés aux civils ukrainiens et de superviser les procédures d'évacuation des civils pris au piège dans le conflit. Elles doivent également veiller à ce que les civils ukrainiens puissent quitter les zones de guerre en toute sécurité et entrer dans les territoires contrôlés par l'Ukraine. Ceux qui se trouvent en Russie doivent pouvoir accéder aux ressources leur permettant de quitter le pays pour l'Ukraine ou un pays tiers.»

Complément d’information

Dans plusieurs cas recensés par Amnesty International, des soldats russes ont infligé des mauvais traitements à des civils ukrainiens détenus soumis à la procédure de «filtration» alors qu'ils quittaient la zone de guerre ou traversaient la frontière pour entrer ou sortir de Russie.

Les personnes âgées risquent tout particulièrement de se retrouver piégées dans les zones contrôlées par la Russie ou en Russie, du fait de problèmes de mobilité et du manque d'informations et de fonds.

Aucun système n’a été mis en place pour faciliter le retour des personnes âgées ou souffrant de handicaps depuis la Russie ou des territoires occupés par la Russie vers les territoires contrôlés par le gouvernement ukrainien.