Suisse L’ancien chef de la police guatémaltèque reconnu coupable d'homicide

6 juin 2014
La condamnation de l'ancien directeur de la police nationale du Guatemala pour meurtre est une étape très importante dans la lutte contre l'impunité qui règne au Guatemala depuis de longues années, a déclaré Amnesty International. Erwin Sperisen a été reconnu coupable de meurtre par la Cour d’Assises de Genève le 6 juin, et condamné à la prison à vie. La décision peut être portée en appel.

140606_Sperisen_2007_(c)_APGraphicsBank_(196x196)_135037.jpg Erwin Serisen en 2007, alors à la tête de la police guatemaltèque. © AP GraphicsBank

Le tribunal a conclu qu'il avait été cooauteur de six assassinats et auteur direct d'un autre. Les faits remontent à 2007, lors d'un assaut de la police sur la prison d'El Pavón.

«Ce verdict renforce l'Etat de droit. Un signal d’alarme pour tous ceux qui tentent de cacher leurs crimes derrière la raison d’Etat», a déclaré Alain Bovard, juriste à la Section suisse d’Amnesty International. «Les allégations d'implication dans des violations des droits humains telles que les exécutions extrajudiciaires doivent être soigneusement étudiées, et les responsables présumés tenus de rendre des comptes.»

L’étau se resserre

Erwin Sperisen a occupé le poste de chef de la police au Guatemala de 2004 à 2007, lorsqu’il a fui le pays et s’est rendu en Suisse grâce à sa double nationalité. Il ne pouvait pas être extradé vers le Guatemala, compte tenu de son statut de citoyen, mais le droit suisse permet des poursuites pour les crimes commis par ses ressortissants dans d'autres pays – une forme de compétence extraterritoriale. Un mandat d’arrêt a été émis par les autorités guatémaltèques en 2010. Erwin Sperisen a été arrêté par les autorités suisses en août 2012. Son procès a débuté le 15 mai à Genève.

Des affaires similaires sont toujours pendantes. L'ancien ministre de l'Intérieur Carlos Vielman, le supérieur d’Erwin Sperisen au moment des meurtres, a fui vers l'Espagne. Il est actuellement en attente de jugement. L’ancien directeur adjoint des enquêtes policières Javier Figueroa, qui serait lié aux meurtres, a fui vers l'Autriche où il a été acquitté des accusations de meurtre par un tribunal de Vienne en octobre 2013. L'année dernière, trois anciens fonctionnaires ont été condamnés pour leur rôle dans les assassinats au Guatemala. Mais ces condamnations ont été annulées en février et de nouveaux procès ont été fixés. Leurs cas sont encore en cours de traitement.


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Contexte

Les exécutions extrajudiciaires étaient monnaie courante au Guatemala. Une enquête mandatée par l'ONU a constaté que les forces gouvernementales y ont régulièrement eu recours pendant la guerre civile (1960-1996). Elle estime que quelque 200 000 personnes ont été tuées pendant cette période, y compris quelque 40 000 victimes de disparitions forcées.

Bien que la plupart de ces violences visait des personnes perçues comme soutenant les groupes d'opposition armés, des enquêtes ont également documenté des exécutions extrajudiciaires de criminels de droit commun. En 1999, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a désigné l'Etat du Guatemala responsable de l'exécution extrajudiciaire de cinq enfants vivant dans la rue en 1990, notant qu'il existait un «modèle d'actes illégaux commis par l'Etat à l’encontre des enfants de la rue».

En 2007, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires a publié un rapport accablant sur le Guatemala. Il concluait que les allégations selon lesquelles des membres de la police ont été impliqués dans des exécutions extrajudiciaires étaient «très crédible».

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