Les bureaux d'AI-Turquie transformés en dispensaire  © AI
Les bureaux d'AI-Turquie transformés en dispensaire © AI

Turquie Recours excessif à la force par la police contre des manifestants

03.06.2013
Ces derniers jours, la police turque est intervenue, notamment à Istanbul, avec une violence sans précédent depuis de nombreuses années contre des manifestants. Plus d’un millier de personnes ont été ...

Ces derniers jours, la police turque est intervenue, notamment à Istanbul, avec une violence sans précédent depuis de nombreuses années contre des manifestants. Plus d’un millier de personnes ont été blessées, certaines très grièvement. Le bureau de la Section turque d’Amnesty International à Istanbul s’est transformé en antenne médicale de secours.

Dans la nuit du 31 mai, la police d’Istanbul est intervenue avec une force brutale contre un campement de manifestants qui s’opposaient à un projet de transformation de la place Taksim. D’autres manifestations se sont déroulées dans d’autre villes de Turquie en  réaction à cet engagement disproportionné des forces de l’ordre. Elles ont elles-mêmes entraîné de nouvelles violences de la part de la police.

La section turque d’Amnesty International a laissé ses bureaux, situés près de la place Taksim, ouverts toute la nuit afin que les manifestants qui fuyaient les violences policières puissent s'y réfugier. 20 médecins y ont soigné les manifestants blessés. D'autres organisations de la société civile ont pris des mesures similaires.

Usage inapproprié de gaz lacrymogènes

« Il est assez courant que des policiers utilisent une violence excessive en Turquie, mais la répression extrêmement brutale des manifestations totalement pacifiques de la place Taksim est proprement scandaleuse. Elle a largement envenimé la situation dans les rues d'Istanbul, où des dizaines de personnes ont été blessées », a déclaré John Dalhuisen, directeur d'Amnesty International pour l'Europe.

L'usage inapproprié des gaz lacrymogènes a eu des effets particulièrement dévastateurs sur la sécurité des manifestants, provoquant d'innombrables blessures; des personnes ont notamment été grièvement blessées à la tête après avoir reçu des bombes lacrymogènes lancées par la police. Sur les lieux des manifestations, le sol est encore jonché de centaines de bombes lacrymogènes vides.

Des gaz lacrymogènes ont aussi été utilisés dans des lieux confinés, ce qui est particulièrement dangereux pour la santé. Dans certains cas, ils ont été tirés directement dans des habitations et des commerces qui avaient ouvert leurs portes aux manifestants qui fuyaient. Des témoignages indiquent également que des gaz lacrymogènes ont été utilisés près de l'entrée des urgences de l'hôpital Taksim, situé à proximité du lieu de nombreuses manifestations.

Amnesty International a reçu des informations indiquant que certains des manifestants arrêtés dans la nuit du 31 mai au 1er juin seraient restés enfermés parfois jusqu'à 12 heures d'affilée dans des véhicules de police surchauffés et surpeuplés, sans nourriture, sans eau et sans toilettes. L'organisation a reçu 49 plaintes de personnes affirmant avoir été maltraitées par la police en garde à vue.

On lui a également rapporté que des manifestants blessés qui se trouvaient en détention ou dans la rue avaient été privés des soins médicaux nécessaires.

Des avocats ont indiqué à Amnesty International que des manifestants blessés avaient été arrêtés par la police et emmenés au poste alors que leur état nécessitait une hospitalisation. Une fois en garde à vue, ils n'ont pas pu bénéficier des soins nécessaires.

Appel urgent au premier ministre Erdogan

« Il est évident que le recours à la force par la police est motivé non pas par la nécessité de réagir à des violences – qui ont été très peu nombreuses de la part des manifestants – mais par une volonté d'empêcher et de décourager les manifestations de toute sorte », a dénoncé John Dalhuisen.

Amnesty International a lancé un appel urgent à ses militants partout dans le monde pour qu'ils agissent à propos de la Turquie. Elle appelle le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, à intervenir immédiatement pour mettre un terme aux violences policières. Les mauvais traitements lors des arrestations et en garde à vue doivent cesser, et tous ceux qui en ont besoin doivent pouvoir bénéficier de soins médicaux. Une enquête indépendante et efficace doit être menée sur ces violences, et le gouvernement doit de toute urgence cesser de jeter de l'huile sur le feu.

« Les autorités turques doivent autoriser les manifestations pacifiques, revoir de toute urgence les méthodes de la police et enquêter sur les violences commises afin que les responsables aient à rendre des comptes », a conclu John Dalhuisen.

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