Dans les années 1990, des centaines de villages kurdes ont été détruits par les forces de sécurité, en marge du conflit avec le PKK. Quelque deux millions de personnes ont dû prendre la fuite. © AI
Dans les années 1990, des centaines de villages kurdes ont été détruits par les forces de sécurité, en marge du conflit avec le PKK. Quelque deux millions de personnes ont dû prendre la fuite. © AI

Turquie Des cas de torture et disparitions forcées rappellent des périodes sombres

4 juillet 2016
Des opérations des forces de sécurité au sud-est de la Turquie se déroulent constamment hors des limites légales et du contrôle de la justice. Les rapports sur des cas de torture et d’impunité s’accumulent. Le risque que la situation en Turquie évolue comme dans les années 1990 est bien présent : Amnesty avait autrefois documenté l’utilisation systématique de la torture et des disparitions forcées par les organes de sécurité dans leur lutte contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Les modifications législatives, qui rendent plus difficiles les enquêtes sur des violations des droits humains par les organes de sécurité, sont préoccupantes : désormais, le Premier ministre ou les ministres de la défense ou de l’intérieur devront donner leur accord lors de plaintes pénales contre des militaires. Amnesty International craint qu'un cercle vicieux de violations des droits humains systématiques et d’impunité ne s’instaure. Ainsi, 42 personnes, emprisonnées par les forces de l’ordre en mars 2016 pendant le couvre-feu de plusieurs mois dans la ville de Nusaybin, présentent des marques de torture et de mauvais traitements. Une enquête n’a jusqu’à présent pas été ouverte.

Cas de disparitions forcées

Le cas de Hursit Külter, co-président du Parti démocratique des régions (DBP) à Sirnak, renforce la crainte que la pratique des disparitions forcées devienne à nouveau une réalité. Hursit Külter a été emprisonné le 27 mai 2016 par des unités spéciales, lui aussi pendant un couvre-feu complet. On a perdu toute trace de lui depuis.

Un couvre-feu qui exclut l’opinion publique

Les violations des droits humains pendant des couvre-feux complets, durant parfois plusieurs mois, restent souvent totalement dans l’ombre. Les autorités refusent l’accès aux territoires concernés aux organisations internationales, ONG et au Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme. Amnesty avait déjà qualifié les couvre-feux et l’utilisation d’armes lourdes dans les zones résidentielles de violations du droit international et mesures disproportionnées. L’organisation de défense des droits humains demande au gouvernement turc de repenser ses opérations de sécurité. Un retour dans la réalité sombre des années 1990 serait un désastre. La communauté internationale, en particulier les alliés de la Turquie, doit tout faire pour l’empêcher.

Plus d’infos dans le communiqué de presse international (en anglais).