Dans la ville de Slavyansk, exercer le métier de journalistes s'avère désormais passablement risqué. © AFP/Getty Images
Dans la ville de Slavyansk, exercer le métier de journalistes s'avère désormais passablement risqué. © AFP/Getty Images

Ukraine Journalistes et responsables politiques enlevés et torturés

28 avril 2014
Les journalistes et les responsables politiques qui sont détenus illégalement et utilisés comme «monnaie d'échange» par un groupe séparatiste armé dans l'est de l'Ukraine doivent être libérés immédiatement, a déclaré Amnesty International, soulignant le risque de torture et d'autres mauvais traitements qu'ils encourent.

D'après le Kiev Post, au moins 16 personnes ont été enlevées en une dizaine de jours à Sloviansk et Horlivka, deux villes de la région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, dont un groupe armé pro-Russe a pris le contrôle. Trois journalistes étrangers ont été libérés, mais plusieurs autres journalistes et responsables politiques sont toujours en détention ou ont «disparu». Deux hommes qui avaient été enlevés précédemment ont été retrouvés morts mardi 22 avril 2014 ; leurs corps portaient des traces de torture.

Un jour plus tard, lors d'une conférence de presse, Viatcheslav Ponomarev, qui s'est autoproclamé «maire du peuple» de Sloviansk, a déclaré que certaines des personnes détenues étaient gardées comme «monnaie d'échange» et qu'il n'avait nullement l'intention de les laisser partir. Il a accusé le gouvernement de Kiev de détenir et de torturer ses «camarades».

Préoccupations d'Amnesty International et de l'OSCE

«La détention persistante de journalistes, de responsables municipaux et d'habitants par un groupe armé à Sloviansk en dit long sur le mépris de la loi qui règne dans certaines parties de l'est de l'Ukraine, et soulève des craintes quant au risque de torture et d'autres mauvais traitements», a déclaré Heather McGill, chercheuse sur l'Ukraine pour Amnesty International.

«Le harcèlement, l'enlèvement et la détention de journalistes sont de graves atteintes à la liberté d'expression, auxquelles il convient de mettre un terme immédiatement.»

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a aussi exprimé sa préoccupation à propos des enlèvements et a demandé la libération immédiate des journalistes.

Une série d'enlèvements à Sloviansk

À la mi-avril, l'est de l'Ukraine a été le théâtre d'une série inquiétante d'enlèvements. Ceux-ci coïncident avec la prise de contrôle, par un groupe armé pro-russe, des postes de police et des bâtiments publics de plusieurs villes, dont les locaux du Service de sécurité ukrainien (SBU) à Sloviansk. Le prétendu dirigeant de ce groupe armé, Viatcheslav Ponomarev, s'est autoproclamé maire de Sloviansk.

Nelia Chtepa, la maire de Sloviansk, a disparu après avoir tenté de rencontrer Viatcheslav Ponomarev. Elle est apparue le 22 avril sur LifeNews, une chaîne de télévision russe pro-Kremlin, ce qui laisse à penser qu'elle est toujours en détention.

Irma Krat, ancienne chef de file des manifestations Euromaïdan à Kiev et rédactrice en chef de la chaîne ukrainienne Hidden Truth TV, a été enlevée après son arrivée à Sloviansk, où elle venait couvrir les derniers événements. Son avocat pense qu'elle est détenue dans les locaux du SBU, qui sont toujours sous le contrôle du groupe armé pro-russe. Elle est accusée par ce groupe d'avoir participé à la torture et à l'homicide d'un policier des Berkout (unités antiémeutes) il y a plusieurs mois, lors des manifestations à Kiev – ce qu'elle nie.

Le lendemain de son enlèvement, Irma Krat a été exhibée devant les médias nationaux et internationaux lors d'une conférence de presse organisée par le groupe armé pro-russe. Celui-ci a ensuite empêché les journalistes de quitter les lieux, et au moins un journaliste étranger a par la suite été enlevé.

Trois autres journalistes étrangers ont été détenus temporairement par des hommes armés qui gardaient un poste de contrôle dans la ville de Sloviansk. Tous trois – deux Italiens et un Bélarussien – ont ensuite été libérés, mais ils se seraient fait confisquer leur matériel.

Torturés et tués

Dans un autre épisode tragique, les cadavres de deux hommes portant des traces de torture ont été retrouvés au bord de la rivière Torets, à Sloviansk.

L'un d'eux a été identifié comme étant Volodimir Ribak, un élu du conseil municipal de Horlivka, membre du parti Batkivchtchina. Une vidéo diffusée sur un site d'informations locales montre cet élu violemment attaqué par plusieurs hommes, dont l'un en tenue de camouflage, le visage masqué. D'après le Kiev Post, le corps de Volodimir Ribak a été retrouvé attaché à un sac de sable, avec une grande entaille sur le ventre ; il était probablement encore vivant quand il a été jeté dans la rivière.

«Cette découverte macabre et choquante doit servir d'avertissement à tout le monde dans l'est de l'Ukraine. Il faut mener une enquête exhaustive, indépendante et impartiale sur ces meurtres, et traduire en justice les responsables présumés», a déclaré Heather McGill.

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