Egypte Victimes tombées sous les coups des forces de l'ordre

22 février 2012
Au Caire et à Suez, en février 2012, les forces de l’ordre ont recouru à la force meurtrière sans donner d’avertissement avant de disperser les manifestants qui, pour la plupart, scandaient pacifiquement des slogans
Au Caire
Ahmed Hassan Ali

Peintre de 24 ans, Ahmed Hassan Ali, manifestant de la place Tahrir, a reçu un projectile dans l’œil droit qui a provoqué une rupture du globe oculaire et grandement affecté sa vue.

Il a raconté à Amnesty International qu’il avait été blessé par une balle en caoutchouc rue Mansour le 4 février 2012, à six heures du matin, tandis qu’il allait dire à d’autres manifestants de retourner sur la place afin d’éviter toute confrontation avec les forces de l’ordre. Selon Ahmed Hassan Ali, les manifestants scandaient pacifiquement des slogans hostiles au Conseil suprême des forces armées lorsque les policiers ont ouvert le feu sans aucun avertissement.

Ahmed Maher

Le 5 février 2012 vers 1h30, Ahmed Maher, coordinateur général du Mouvement de la Jeunesse du 6 avril, mouvement de contestation en faveur de la démocratie, se trouvait au croisement des rues Mansour et Mohamed Mahmoud. Il a eu le crâne fracturé, ce qui lui a causé une hémorragie interne. Après avoir rencontré des députés au Parlement, il allait s’adresser aux manifestants pour les inviter à se retirer de la zone et à mettre fin à la manifestation, afin que les autorités puissent construire un mur de béton dans la rue Mansour, proche du ministère de l’Intérieur. Blessé, il est tombé à terre et a perdu son Blackberry. Le compte Twitter qu’il gère pour le mouvement a par la suite été piraté.

Amnesty International craint qu’il n’ait été délibérément pris pour cible, les autorités ayant orchestré une campagne de diffamation contre le Mouvement de la Jeunesse du 6 avril, l’accusant publiquement de conspirer contre l’Égypte.

Salma Said Abdel Fattah

Le 5 février 2012 vers 23 heures, Salma Said Abdel Fattah, 26 ans, militante du groupe No to Military Trials for Civilians (Non aux procès militaires de civils) et du collectif Mosireen (Déterminés), a été blessée par des plombs de fusil alors qu’elle filmait des véhicules blindés de la police antiémeutes fonçant rue Mansour sur des manifestants qui s’enfuyaient vers la place Falaky. Elle a raconté à Amnesty International qu’un policier antiémeutes encagoulé lui avait tiré dessus depuis le toit d’un véhicule blindé à trois reprises, au visage, à la poitrine et dans les jambes, et encore au moment où des manifestants l’évacuaient.

À Suez

À Suez, la plupart des victimes ont été blessées près du siège de la Direction de la sécurité, près de la rue du Paradis et de la rue Al Shohadaa, entre le 2 et le 4 février 2012. La Direction de la sécurité surplombe une grande place avec un jardin, d’où les manifestants ont tenté de s’approcher, depuis des petites routes. L’accès au bâtiment lui-même était barré par des fils barbelés.

Vers le coucher du soleil, selon les manifestants, la police antiémeutes a tiré sans discrimination des gaz lacrymogènes et des coups de fusil, sans aucun avertissement, sur les manifestants qui approchaient du bâtiment.

Mohamed Ahmed Atta

Mohamed Ahmed Atta aurait été tué dans la soirée du 2 février 2012 d’un coup de fusil reçu dans la poitrine alors qu’il jetait des pierres sur les policiers antiémeutes. Rami Mohamed, membre de 25 ans du Suez Youth Bloc (Bloc des jeunes de Suez), a déclaré à Amnesty International qu’il avait vu les forces de sécurité tirer sur Mohamed Ahmed Atta sans donner aucun avertissement. Rami Mohamed a lui-même été blessé le lendemain; il a reçu une balle dans le bassin, alors que lui aussi lançait des pierres sur les policiers antiémeutes près de la Direction de la sécurité.

Mohamed Al Sayed Ahmed Farrag

Mohamed Al Sayed Ahmed Farrag, travailleur journalier de 28 ans, a été tué, semble-t-il par un tireur embusqué, à l’aube du 3 février 2012, après avoir lancé des pierres sur les policiers. Des amis de Mohamed ont raconté à Amnesty International qu’ils avaient vu des policiers antiémeutes tirer des gaz lacrymogènes de manière intensive près de la Direction de la sécurité et qu’ils avaient décidé de grimper tout en  haut d’un bâtiment de 12 étages encore en construction pour échapper aux effets des gaz.

Depuis le dernier étage du bâtiment, ils ont observé les forces de sécurité tirer à balles réelles sur les manifestants et ont vu des tireurs embusqués sur le toit de la Direction de la sécurité et dans des bâtiments alentour. Chaque fois que les policiers poussaient les manifestants à quitter la place, le groupe jetait des pierres sur les policiers antiémeutes. Vers 2 heures, Mohamed Al Sayed, qui se trouvait à côté d’une fenêtre, a reçu une balle dans la tête et est mort sur le coup.

Merci pour votre don

Votre engagement est notre force. Merci pour votre don