Les trois employés de l'organisation EIPR qui ont été arrêtés. ©AI/EIPR
Les trois employés de l'organisation EIPR qui ont été arrêtés. ©AI/EIPR

Action Lettre Égypte Répression contre l'Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR)

30 novembre 2020
Entre le 15 et le 19 novembre 2020, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté Mohamed Basheer, Karim Ennarah et Gasser Abdel-Razek, cadres du personnel de l’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR), une ONG égyptienne indépendante de défense des droits humains. Ils sont maintenus en détention arbitraire dans l’attente des conclusions d’enquêtes sur des accusations infondées, notamment de «terrorisme», engagées uniquement à titre de représailles pour le travail de défense des droits humains de l’EIPR.

L'EIPR est l'une des organisations indépendantes de défense des droits humains les plus respectées en Égypte. Les autorités égyptiennes ont arrêté trois hauts responsables de l'EIPR entre le 15 et le 19 novembre 2020, peu après que ceux-ci aient rencontré 13 diplomates, dont des représentants de l'ambassade de Suisse. Plus de 50 organisations, dont Amnesty International, exigent la libération des défenseurs des droits humains arrêtés.

Le 15 novembre, des membres des forces de sécurité lourdement armés ont arrêté le responsable administratif de l’EIPR, Mohamed Basheer, chez lui. Ils l’ont maintenu en détention au secret pendant 12 heures dans des locaux sécurisés de l’Agence de sécurité nationale (NSA), où il a été interrogé alors qu’il avait les yeux bandés, en l’absence d’un avocat, sur le travail de l’EIPR, notamment sur la récente réunion avec des diplomates. Il a ensuite été transféré au service du procureur général de la sûreté de l’État (SSSP), qui a ordonné son placement en détention provisoire pour 15 jours.

Le 18 novembre, des membres des forces de sécurité ont arrêté Karim Ennarah, directeur de l’Unité de justice pénale de l’EIPR, dans la station balnéaire de Dahab, dans le Sud-Sinaï, où il se trouvait en vacances. Ils ont saisi son téléphone, son ordinateur portable et d’autres effets personnels et l’ont conduit dans un endroit non divulgué et détenu au secret pendant 24 heures avant de le présenter devant le service du procureur général de la sûreté de l’État, où il a été interrogé au sujet de son travail, notamment sur les conditions de détention et la peine de mort.

Le 19 novembre, les forces de sécurité ont arrêté le directeur exécutif de l’EIPR, Gasser Abdel-Razek, chez lui, au Caire. Plusieurs heures plus tard, il a été interrogé par le service du procureur général de la sûreté de l’État, qui a ordonné son placement en détention provisoire pour 15 jours. Le 23 novembre, il a de nouveau été interrogé par le service du procureur général de la sûreté de l’État, puis a été renvoyé en prison, où il est détenu à l’isolement.

Action d'envoi de lettres: demandez la libération immédiate des trois employés de l'EIPR

Complément d'information

Cette campagne s’inscrit dans la vague d’attaques visant les ONG depuis les descentes effectuées dans les locaux de cinq organisations internationales et les poursuites intentées contre leurs employé·e·s en 2011, opération connue sous le nom d’Affaire 173 ou affaire des «financements étrangers». En 2013, quelque 43 employé·e·s égyptiens et étrangers ont été accusés d’agir illégalement et de recevoir des fonds de l’étranger sans autorisation et ont été condamnés à des peines de prison. Lors d’un nouveau procès en 2018, un tribunal pénal du Caire a acquitté tous les accusé·e·s. Toutefois, les informations judiciaires dans le cadre de l’«Affaire 173» se poursuivent contre des organisations de la société civile locale. Dans le cadre de cette affaire, le fondateur de l’EIPR Hossam Bahgat est visé par une interdiction de voyager depuis 2016 et ses avoirs sont gelés. Au moins 30 autres défenseur·e·s des droits humains sont interdits de déplacement et neuf font l’objet d’un gel de leurs avoirs.

L’Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR) a été créée en 2002. Elle s’appuie sur des recherches, la documentation, l’assistance juridique, les actions à visée stratégique et le travail de plaidoyer pour son travail sur les libertés civiles, les droits économiques et sociaux et la justice pénale. Elle s’attache notamment à rendre compte des droits des minorités religieuses en Égypte, à recueillir des informations sur les violences motivées par l’intolérance religieuse, à défendre les membres de la communauté LGBT+ poursuivis en justice et à apporter son conseil en matière de lois relatives à la santé mentale. L’EIPR est l’une des rares organisations de défense des droits humains à travailler sur la justice environnementale en Égypte. L’EIPR a récemment publié des documents sur l’augmentation alarmante des exécutions en Égypte ces derniers mois, sur la nécessité d’assurer un accès équitable aux vaccins contre le COVID-19, et sur la protection des victimes et témoins de violences sexuelles.

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