L’EIIL mène des attaques systématiques contre les communautés minoritaires notamment les Yézidis. © AHMAD AL-RUBAYE/AFP/Getty Images
L’EIIL mène des attaques systématiques contre les communautés minoritaires notamment les Yézidis. © AHMAD AL-RUBAYE/AFP/Getty Images

Irak Aide humanitaire pour les survivants du nettoyage ethnique

13 août 2014
La communauté internationale doit de toute urgence mener une opération humanitaire concertée afin de secourir les centaines de milliers de personnes dans le nord de l’Irak qui fuient le nettoyage ethnique initié par les forces de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), a déclaré Amnesty International mardi 12 août 2014.

«Les personnes prises au piège dans les monts Sinjar ne représentent qu’un petit pourcentage des centaines de milliers de membres des minorités déplacées par le conflit, bloqués dans des conditions épouvantables, a déclaré Donatella Rovera, conseillère principale sur la réaction aux crises à Amnesty International, qui se trouve actuellement dans le nord de l'Irak.

«Ils ne peuvent pas rentrer chez eux, tant que l’EIIL contrôle leurs villages et leurs villes. Ils ont besoin d’aide sans plus attendre.»

Face à ce déplacement massif de civils qui fuient les zones dont s’est emparées l’EIIL, la réaction de la communauté internationale est totalement inadéquate. Les parachutages d’urgence, très médiatisés, destinés à la communauté yézidie bloquée dans les villages des monts Sinjar encerclés par les militants de l’EIIL, s’avèrent inefficaces.

Témoignages

«Nous n’avons rien, rien ne nous est parvenu, a raconté à Amnesty International un homme pris au piège à Kocho, un village situé sur le versant sud des monts Sinjar.

«Nous entendons les avions au loin, mais personne n’est venu jusqu’à nous et on n’a rien reçu. Nous ne pouvons pas partir. L’EIIL va nous attraper et nous tuer si nous tentons de le faire. Pour l’amour de Dieu, aidez-nous.»

Des centaines de survivants et de nombreuses personnes toujours bloquées dans les montagnes ont raconté à Amnesty International qu’aucune aide ne leur était parvenue et que les bouteilles d’eau larguées par avion ces derniers jours se cassaient souvent à l’impact.

L’aide humanitaire est arrivée tardivement – alors que beaucoup avaient déjà réussi à s’enfuir avec l’aide de combattants kurdes syriens qui ont ouvert un passage sûr sur le versant nord-ouest de la montagne, près de la frontière syrienne.

«Se convertir, partir ou mourir»

«Le gouvernement central irakien, le gouvernement régional kurde, les pays donateurs et les agences internationales doivent mener une action concertée afin d’offrir un refuge et une aide humanitaire aux hommes, aux femmes et aux enfants de toute origine qui n’ont pas d’autre choix que de s’enfuir face à une telle cruauté», a déclaré Donatella Rovera.

L’EIIL mène des attaques systématiques contre les communautés minoritaires du nord de l’Irak, notamment les turkmènes et les chiites shabaks, ainsi que les chrétiens et les Yézidis, dans le but de chasser les populations non sunnites des zones qu’il contrôle.

«L’EIIL adresse aux minorités un message sans ambiguïté – se convertir, partir ou mourir. Il s’agit d’un nettoyage ethnique, a déclaré Donatella Rovera.

«Des survivants m’ont raconté que les hommes de leur famille étaient rassemblés et exécutés, et les femmes et les enfants enlevés. Plusieurs familles issues d’une des minorités irakiennes, qui vivent encore sous le joug de l’EIIL, m’ont dit qu’elles s’étaient récemment converties à l’islam sous la contrainte et ne pouvaient pas quitter la zone.»

Dangers des frappes aériennes pour les civils

Alors que les États-Unis lancent des frappes aériennes sur les positions de l’EIIL et que les forces américaines et irakiennes semblent intensifier leurs attaques aériennes, les civils sunnites musulmans vivant dans les zones contrôlées par l’EIIL craignent pour leur sécurité.

«Des millions de musulmans sunnites vivent toujours dans des zones contrôlées par l’EIIL – pas forcément par choix, a déclaré Donatella Rovera.

«Plusieurs personnes ont déjà été tuées lors des frappes aériennes irakiennes sur ces zones. La semaine dernière, un maître de conférences de l’université de Mossoul, son épouse et leurs quatre jeunes enfants ont tous été tués dans le cadre d’une de ces attaques. Des incidents similaires ont été signalés dans tout le pays.

«Toutes les forces opérant dans cette zone doivent faire la distinction entre les objectifs militaires et civils ; les attaques ne peuvent viser que des cibles militaires. Le droit international prohibe toute attaque menée sans discrimination.»