Les membres de la milice tribale Sabawi ont commis des crimes relevant du droit international en infligeant des tortures et des mauvais traitements à des habitants du Qati al Sabawiin, à titre de représailles pour les crimes perpétrés par l'EI. © AFP/Getty Images
Les membres de la milice tribale Sabawi ont commis des crimes relevant du droit international en infligeant des tortures et des mauvais traitements à des habitants du Qati al Sabawiin, à titre de représailles pour les crimes perpétrés par l'EI. © AFP/Getty Images

Irak Des milices tribales torturent leurs détenus lors de l'offensive de Mossoul

3 novembre 2016
Des combattants de la milice de la tribu Sabawi ont détenu illégalement, humilié publiquement et torturé ou maltraité des hommes et des adolescents dans les villages du sud-est de Mossoul qui ont été repris des mains du groupe armé se désignant sous le nom d'État islamique.

Des chercheurs de l'organisation sur le terrain en Irak ont interrogé des responsables locaux et des témoins, dont des villageois, qui ont raconté que les membres de la milice Mobilisation tribale Sabawi (Hashd al Ashairi) ont procédé à des attaques de représailles à titre punitif. Les habitants soupçonnés d'entretenir des liens avec l'EI ont été frappés à coups de barres métalliques et soumis à des décharges électriques. Certains ont été attachés au capot de véhicules et exhibés dans les rues ou enfermés dans des cages.

Crimes en représailles

«Des éléments convaincants montrent que les membres de la milice tribale Sabawi ont commis des crimes relevant du droit international en infligeant des tortures et des mauvais traitements à des habitants du Qati al Sabawiin, à titre de représailles pour les crimes perpétrés par l'EI, a déclaré Lynn Maalouf, directrice adjointe des recherches au bureau régional de Beyrouth d'Amnesty International.

«Il est évident que les combattants de l'EI soupçonnés d'avoir commis des crimes doivent rendre compte de leurs actes dans le cadre de procédures équitables, mais arrêter des villageois et leur infliger des humiliations publiques ou d'autres violations, notamment la torture, n'apportera nullement justice, vérité et réparation aux victimes des crimes de l'EI.»

Ces violations se sont déroulées à al Makuk, Tal al Shaeir et Douizat al Sufla, un groupe de villages situés sur la rive sud-est du Tigre, appelé Qati al Sabawiin (secteur de la tribu Sabawi). Selon des témoins, des membres de la milice Mobilisation tribale Sabawi ont embarqué sans mandat des hommes et des adolescents de ces villages.

Violentés par les milices

L'un des villages concernés, al Makuk, a été repris à l'EI par les forces irakiennes le 20 octobre. Des témoins ont raconté à Amnesty International que les combattants de la tribu Sabawi sont entrés dans le village avant l'arrivée de l'armée irakienne, mais après le départ des combattants de l'EI, et qu'il n'y a donc pas eu d'affrontements armés. Selon des habitants, les combattants de la milice tribale, qui appartiennent à la même tribu que les villageois, ont commencé à rassembler les hommes et les adolescents dès leur arrivée.

D'après l'un des témoins, six membres de la milice (Hashd al-Ashairi) ont traîné «Ahmed» (son nom a été modifié pour des raisons de sécurité) dans la cour de sa maison et accusé son frère d'être un Daeshi – terme arabe familier désignant une personne affiliée à l'EI. Ils l’ont ensuite frappé violemment devant son épouse et ses enfants.

Roué de coups

«Ils l'ont roué de coups de pied jusqu'à ce qu'il s'effondre et lui ont infligé des décharges de taser à trois reprises. Ils lui ont donné des coups de poing et l'ont frappé à coups de crosse de Kalachnikov, de baguettes métalliques et même de tuyau d'arrosage – les gros modèles utilisés pour l'agriculture», a raconté ce témoin. «Ahmed» était ensuite incapable de se relever.

«Ils l'ont roué de coups de pied jusqu'à ce qu'il s'effondre et lui ont infligé des décharges de taser à trois reprises.»

«Ils n'avaient pas de commandant. Chaque combattant de Hashd avait sa vengeance personnelle à exercer... Ils ont fait le tour du village avec des hommes attachés aux capots de leurs voitures, en criant " Venez voir les Daeshi qui nous ont dénoncés mon père et moi "», ont raconté deux témoins. Selon certains habitants, les miliciens étaient motivés par la vengeance pour la mort de proches tués par l'EI, ainsi que par des inimitiés de longue date sans rapport avec le conflit.

Enfermés dans des cages

Tous les témoins interrogés ont évoqué une scène dans laquelle sept hommes et adolescents, âgés de 16 à 25 ans, ont été enfermés dans de grandes cages à poules, exposés à la vue de tous, au milieu d'un rond-point. Un combattant de la Mobilisation tribale a demandé à chacun d'entre eux de sortir de la cage un par un, et leur disait : « Qu'est-ce que vous êtes ? Dites que vous êtes un animal, dites que vous êtes un âne », avant de les frapper et de les contraindre à monter à bord de véhicules.

 «Tous les détenus doivent être traités avec humanité et protégés contre la torture et les mauvais traitements. Seules les personnes légalement habilitées à détenir et interroger des suspects doivent être autorisées à le faire.»

«Les autorités doivent maîtriser les combattants des milices tribales responsables et les déférer à la justice, en vue d'empêcher que ces crimes ne se répètent .»

Inaction des autorités irakiennes

« Les autorités irakiennes ne font pas grand-chose pour mettre un terme aux attaques de représailles ou enquêter sur les crimes imputables aux milices des Unités de mobilisation populaire, qui participent également à l'offensive contre Mossoul. De ce fait, on voit se développer une dangereuse culture de l'impunité, et les auteurs de ces attaques sentent qu'ils ont les coudées franches pour commettre des crimes et s'en sortir impunis, a déclaré Lynn Maalouf.

«Les autorités doivent maîtriser les combattants des milices tribales responsables et les déférer à la justice, en vue d'empêcher que ces crimes ne se répètent dans le cadre de l'offensive qui se poursuit à Mossoul. Les auteurs présumés de crimes doivent être relevés de leurs fonctions sans délai.»