Iran Shadi Sadr, avocate, violemment arrêtée

20 juillet 2009
Amnesty International craint que la vague d’arrestation de militants de la société civile en Iran ne s’intensifie après l’arrestation violente ce 17 juillet de Shadi Sadr, avocate et militante des droits humains, alors qu’elle se rendait à la prière du vendredi à Téhéran.

Shadi Sadr, défenseuse des droits humains. © www.kosoof.com

Shadi Sadr marchait en compagnie d’un groupe de militantes défenseures des droits des femmes sur une route très fréquentée lorsque des hommes en civil l’ont poussée dans une voiture. Elle a perdu son foulard et son manteau dans la lutte qui a suivi mais a réussi à leur échapper dans un premier temps. Elle a rapidement été rejointe et frappée à coups de matraque avant d’être emmenée en voiture vers une destination inconnue.

«Il s’agit d’une arrestation illégale, arbitraire et violente au cours de laquelle les autorités n’ont à aucun moment tenté de s’identifier ou de fournir une explication de leurs actes», a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

«C’est la dernière arrestation en date d’une série d’interpellations d’Iraniens qui ont fait la une de l’actualité – étudiants, journalistes, intellectuels, militants politiques ou de la société civile – après la vague de protestation qui a suivi le résultat contesté de l’élection présidentielle.»

Amnesty International appelle à la remise en liberté immédiate et sans condition de Shadi Sadr.

Shadi Sadr est l’avocate assurant la défense de Shiva Nazar Ahari, défenseure des droits humains et membre du Comité des reporters des droits humains, arrêtée à son domicile à Téhéran le 14 juin 2009, peu après l’élection présidentielle, par des agents de la sécurité qui ont perquisitionné sa maison et saisi certains de ses effets personnels. Elle serait détenue dans la section 209 de la prison d’Evin à Téhéran où Shadi Sadr, son avocate, n’a pas pu la rencontrer.

Complément d’information

Shadi Sadr, avocate et journaliste, était directrice de l’ONG Raahi, centre de conseil juridique destiné aux femmes, jusqu’à sa fermeture. Elle a fondé le mouvement  Zanan-e Iran (Femmes d’Iran), le premier site web dédié à l’action des défenseures iraniennes des droits des femmes (http://www.raahi.org/) et a écrit de nombreux articles sur les femmes iraniennes et leurs droits. Elle a représenté des militantes et des journalistes, plusieurs femmes condamnées à mort dont les peines ont ensuite été infirmées grâce à son action. Elle est aussi active au sein du groupe de défense des droits des femmes Domaine des Femmes (http://www.meydaan.com/), qui a lancé plusieurs campagnes en faveur des droits des femmes, dont la campagne Eliminer pour toujours la lapidation.

Shadi Sadr était parmi les 33 femmes arrêtées en mars 2007. La plupart s’étaient rassemblées devant un tribunal de Téhéran pour manifester pacifiquement contre le procès de cinq femmes – Fariba Davoudi Mohajer, Shahla Entesari, Noushin Ahmadi Khorassani, Parvin Ardalan et Sussan Tahmasebi – accusées de «propagande contre le régime», «d’activités nuisant à la sécurité nationale» et de «participation à une manifestation illégale» en référence à la manifestation du 12 juin 2006. Quatre des accusées faisaient également partie des personnes appréhendées, ainsi que Shadi Sadr, avocate. D’abord détenues à la prison de Vozara, certaines avaient ensuite été transférées à la prison d’Evin. La plupart avaient été libérées au bout de quelques jours  mais Shadi Sadr et Mahboubeh Abbasgholizadeh - également impliquée dans la campagne Eliminer pour toujours la lapidation  - avaient été maintenues deux semaines en détention avant d’être libérées sous caution.

Au cours d’une audience à laquelle leurs avocats n’avaient pas été autorisés à assister en août 2007 devant un tribunal révolutionnaire, elles avaient également été interrogées à propos des ONG dont elles sont membres et de leur action dans le cadre de la campagne Eliminer pour toujours la lapidation; elles avaient été inculpées de participation à un rassemblement illégal, entente en vue de porter atteinte à la sûreté de l’État, trouble à l’ordre public et refus d’obtempérer aux ordres de la police.