Iran Violences contre les manifestants après les élections

15 juin 2009
Amnesty International réclame l'ouverture immédiate d'une enquête sur les actions violentes des forces de sécurité contre les milliers de manifestants descendus dans la rue pour protester contre l’annonce de la victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad au scrutin présidentiel du 12 juin.

Des centaines de milliers de personnes ont contesté le résultat des élections en Iran. © APGraphicsBank

Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles, le samedi 13 juin, des membres des forces de sécurité en civil auraient frappé à coups de matraque pour les disperser des personnes qui n’avaient commis aucun acte violent et dont un grand nombre ont été blessées.

«Les scènes de violence choquantes auxquelles se sont livrées les forces de sécurité doivent immédiatement faire l’objet d’investigations, et les personnes soupçonnées d’être responsables de ces agissements devraient être déférées à la justice, a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International. Nous reconnaissons que les forces de sécurité ont le devoir d’assurer l’ordre public mais les familles de ceux qui ont été arrêtés, la population iranienne et la communauté internationale doivent être informées de la teneur des charges retenues contre les personnes appréhendées et de la nature exacte de leur implication dans les violences.»

Au moins 170 personnes ont été arrêtées samedi 13 juin lors d’affrontements entre les forces de sécurité et des centaines de manifestants près du ministère de l’Intérieur et à d’autres endroits dans le centre de Téhéran. Parmi les personnes arrêtées se trouvaient des personnalités politiques accusées par les autorités d’avoir «orchestré» les troubles. Certaines personnes ont été libérées depuis lors.

«Nous demandons instamment aux autorités iraniennes de veiller à ce que tous les Iraniens jouissent du droit de s’exprimer pacifiquement et de s'associer et se réunir librement.  Nul ne devrait être arrêté simplement pour avoir remis en question le résultat de l’élection, et les autorités iraniennes devraient répondre en toute transparence aux préoccupations des nombreux Iraniens qui soupçonnent que les résultats ont été truqués», a ajouté Hassiba Hadj Sahraoui.  

Bien que les universités aient été fermées, Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles une centaine de policiers anti-émeute équipés de casques et de boucliers avaient chassé entre 300 et 400 étudiants de l'Université de Téhéran. Les forces de sécurité ont utilisé du gaz-poivre et du gaz lacrymogène lors d’opérations de maintien de l’ordre, notamment dans des dortoirs universitaires à Pol-e Gisha, Téhéran et Chiraz.  

Des policiers à moto ont également frappé des sympathisants du candidat à l’élection présidentielle Mir Hossein Mousavi qui avaient organisé un sit-in sur la place Vanak, à Téhéran, pour protester contre les résultats de l’élection. 

À la fin de la nuit de samedi 13 à dimanche 14 juin, dans certains endroits de Téhéran, des barricades en feu bloquaient encore des rues, et les affrontements avec les forces de sécurité se poursuivaient dans certains endroits à Abbas Abad, Saadat Abad et autour de Tajrish.

Les manifestations avaient aussi gagné d’autres villes comme Rasht, Meched, Chiraz et Ahvaz où vivent de nombreux membres de la minorité arabe d’Iran; Zahedan, centre de la minorité baloutche du pays; et Orumiye, ville peuplée principalement de Kurdes et d’Azéris.

Lors des troubles de samedi, l’accès à You Tube, Facebook et d’autres réseaux sociaux sur Internet était bloqué, tout comme l’accès à plusieurs services d'information en ligne. L’envoi de SMS aurait également subi des restrictions. Sur un grand nombre de ses plateformes de communication transitaient des messages selon lesquels le scrutin ne s’était pas déroulé correctement et que les résultats avaient été modifiés.   

«Au lieu d’interdire la circulation des informations y compris en bloquant des sites de partage de films vidéo tels que You Tube et Facebook ainsi que des sites d’information en ligne, les autorités devraient réagir ouvertement aux préoccupations et aux critiques formulées par de très nombreuses personnes», a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui. 

Amnesty International a demandé aux autorités iraniennes de veiller à ce que les journaux liés aux autres candidats à l’élection présidentielle puissent se faire l’écho des déclarations de ces candidats.   

«Nous déplorons que le nouveau mandat présidentiel s'ouvre sur une vague de violences.  Amnesty International considèrera comme un prisonnier d’opinion devant être libéré immédiatement et sans condition quiconque aura été arrêté uniquement pour s’être prononcé en faveur de la transparence et avoir remis en question les résultats électoraux.»

Répression déjà avant les élections

Répression et intimidation se sont considérablement accrues au cours de la période qui a précédé le scrutin présidentiel. De nombreux commentateurs ont considéré qu'il s'agissait d'une manœuvre stratégique pour assurer la victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad. 

Avant la fin du scrutin, les journaux liés à d’autres candidats que le président sortant Mahmoud Ahmadinejad auraient été occupés et contraints de travailler sous la supervision des forces de sécurité. 

Dans les heures qui ont suivi la fermeture des bureaux de vote, le ministère de l’Intérieur aurait, selon certaines informations, informé confidentiellement Mir Hossein Mousavi qu’il avait gagné l’élection, et il préparait sa conférence de presse lorsque son bureau a fait l’objet d'un raid sur commission rogatoire verbale du procureur de Téhéran, Said Mortazavi.  Au moins trois conseillers de Mir Hossein Mousavi ont été arrêtés.  Mir Hossein Mousavi a fait une déclaration dans laquelle il affirmait qu’il ne céderait pas face à «cette dangereuse mascarade».