Iran Libérations en Iran : un pas encourageant

12 septembre 2011
Amnesty International se réjouit de l'annonce de la libération d'environ 70 prisonniers d'opinion et prisonniers politiques, reconnus coupables d'infractions vaguement définies comme «liées à la sécurité» et notamment d'avoir participé aux manifestations qui ont suivi l'élection présidentielle contestée de 2009.

Au total, 100 personnes auraient été graciées par le guide suprême Ali Khamenei le 27 août 2011, à la veille de la fête de l'Aïd el Fitr qui marque la fin du mois musulman du ramadan.

Parmi les personnes remises en liberté se trouvent Arash Alaei, Milad Asadi et Mohammad Pour Abdollah, détenus dont la libération avait été réclamée par Amnesty International. La plupart des prisonniers libérés avaient déjà purgé plus de la moitié de leur peine et pouvaient donc demander à bénéficier d'une libération conditionnelle. D'après les médias officiels, 1218 détenus auraient également été graciés en vertu d'un autre décret.

Toutefois, de nombreux prisonniers d'opinion sont toujours maintenus en détention dans les prisons surpeuplées d'Iran, où leur santé souvent se dégrade en raison de conditions carcérales déplorables. Parmi ces détenus figurent notamment : des avocats, dont Nasrin Sotoudeh, Mohammad Seyfzadeh, Javid Houtan Kiyan et Mostafa Daneshju; des journalistes, dont Ahmad Zeidabadi, Abdollah Momeni, Isa Saharkhiz, Bahman Ahmadi Amoui, Mohammad Mourizad et Keyvan Samimi (qui a récemment contracté une tumeur hépatique pour laquelle il ne recevrait pas de traitement médical adapté); des militants étudiants, dont Behareh Hedayat, Majid Tavakkoli, Zia Nabavi, Ashkan Zahabian et Mahdieh Golrou.

Des militants en faveur des droits humains et des droits des minorités sont eux aussi toujours incarcérés. C'est le cas d'Abolfazl Abedini Nasr (ancien porte-parole de l'organisation Défenseurs des droits humains en Iran), de Mohammad Sadiq Kabudvand (membre de la minorité kurde et fondateur de l'Organisation des droits humains du Kurdistan), de Ronak Safazadeh (membre de la minorité kurde) et de Saïd Metinpour (membre de la minorité azérie qui avait réclamé davantage de droits culturels et linguistiques pour sa communauté). Plusieurs militantes des droits des femmes sont détenues à leurs côtés, dont Alieh Aghdam-Doust, Mahboubeh Karami, Maryam Bidgoli et Maryam Bahreman. Des militants politiques tels que Mohsen Mirdamadi, Behzad Nabavi, Abdollah Ramazanzadeh et Heshmatollah Tabarzadi sont également maintenus en détention, ainsi que des militants syndicalistes dont Rasoul Bodaghi (enseignant), et Ebrahim Madadi et Reza Shahabi (travailleurs de la régie des bus).

Des membres de certaines minorités religieuses d'Iran sont toujours détenus en tant que prisonniers d'opinion. Parmi eux se trouvent sept dirigeants baha'is purgeant actuellement des peines d'emprisonnement de 20 ans, prononcées pour des activités présumées d'«espionnage» qu'ils ont démenti avoir exercées. C'est également le cas du pasteur chrétien Yousef Naderkhani, dont la condamnation à mort pour « apostasie de la religion musulmane » a été annulée, mais qui reste en détention en attendant un réexamen de son cas. À l'issue de cette procédure, la peine capitale pourrait à nouveau lui être imposée.

Par ailleurs, il semblerait que des personnes continuent d'être arrêtées en raison de leurs convictions ou activités politiques ou d'autre nature. Les militants syndicalistes Shahrokh Zamani, Nima Pour Yaghoub, Sassan Vahabivash, Mohammad Jarahi et Sayed Boyuk Sayedlar ont été arrêtés en juin 2011 et jugés pour plusieurs chefs d'inculpation liés à leurs relations avec une organisation de travailleurs. Selon les informations recueillies, Sassan Vahabivash et Sayed Boyuk Sayedlar ont été libérés sous caution le 20 août 2011. Certains de ces prisonniers sont incarcérés dans des conditions s'apparentant à une disparition forcée. C'est notamment le cas d'Ali Reza Sepahi Laeen, membre de la minorité kurde, poète et employé du bureau des relations publiques de l'université Ferdowsi de Meched, qui a été arrêté le 30 juillet 2011 à son domicile. Le 27 août 2011, ses proches n'avaient toujours pas obtenu d'informations sur son lieu de détention; ils sont extrêmement inquiets pour sa santé car il souffre de diabète.

Des dizaines de militants écologistes auraient également été arrêtés dans différentes villes du nord-ouest du pays, à l'issue des manifestations qui se sont déroulées le 27 août. Ils demandaient la mise en place immédiate de mesures pour freiner l'assèchement du lac d'Orumiyeh, dans la province de l'Azerbaïdjan occidental. D'après les informations dont nous disposons, au moins trois d'entre eux auraient été tués par les forces de sécurité.

Amnesty International demande la libération immédiate et inconditionnelle de tous les individus détenus en Iran au motif d'avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression, d'association ou de réunion, ou en raison de leurs convictions religieuses. Toutes les autres personnes maintenues en détention devraient être autorisées sans délai à entrer en contact avec leurs proches ou leurs avocats, et remises en liberté à moins d'être jugées dans le respect des normes internationales relatives à l'équité des procès.

Complément d'informations

Arash Alaei, médecin de renommée internationale spécialisé dans la prévention et le traitement du VIH/sida et n'exerçant pas d'activités politiques, était incarcéré depuis juin 2008. Après avoir passé plusieurs mois en détention provisoire sans pouvoir consulter d'avocat, il purgeait une peine de six ans d'emprisonnement pour «coopération avec un gouvernement ennemi». Il avait été condamné à l'issue d'un procès inéquitable où des éléments de preuve secrets, qu'il n'avait pas été autorisé à voir ou à contester, avaient été produits. Son frère Kamiar Alaei, arrêté à peu près au même moment et condamné à trois ans d'emprisonnement, a été libéré après avoir effectué deux ans et demi de détention. Leur arrestation semblait liée à leurs relations avec des universitaires et des organisations de la société civile à l'étranger, notamment aux États-Unis.

Milad Asadi, âgé d'environ 24 ans, était étudiant en ingénierie électrique à l'université Khajeh Nasir et membre dirigeant du Bureau pour le renforcement de l'unité. Il avait été appréhendé alors que cette organisation étudiante, qui agit à l'échelle nationale, se trouvait depuis quelques années en première ligne du combat en faveur des réformes politiques et du respect des droits humains. Peu de temps après son arrestation, des manifestations antigouvernementales de grande ampleur s'étaient déroulées sur les campus universitaires, le 7 décembre 2009, à l'occasion de la Journée nationale des étudiants en Iran qui marque l'anniversaire de la mort de trois étudiants, tués par la police en 1953.

Mohammad Pour Abdollah, étudiant à l'université de Téhéran et lié à l'organisation de gauche Étudiants pour la liberté et l'égalité, avait été arrêté à son domicile le 12 février 2009. Il avait été détenu à l'isolement pendant plus d'un mois à la prison d'Evin, puis transféré le 18 mars 2009 à la prison de Ghezel Hesar à Karaj (à l'ouest de la capitale). Condamné à six ans d'emprisonnement pour «réunion et conspiration en vue de porter atteinte à la sûreté de l'État», «propagande contre le régime» et «appartenance à des groupes opposés au régime», sa peine avait été réduite à trois ans en appel.

Parmi les autres personnes remises en liberté, on peut notamment citer: Ehsan Abdoh Tabrizi, Laleh Hassanpour, Zahra Jabbari, Kayvan Farzin, Amir Aslani, Sourena Hashemi, Mohsen Ghamin, Arsalan Abadi, Nazanin Hassan Nia, Soussan Tebyanian, Akram Heydarian, Sama Shamlou, Fatemeh Darvish, Ali Behzadian Nejad, Hamid Reza Nojoumi, Abolfazl Ghassemi, Kourosh Ghassemi, Artin Ghazanfari, Gholamreza Azadi, Meysam Roudaki, Amir Hossein Ghanbari, Omid Sharifi Dana, Behnam Ansari, Rouhollah Mirzakhani, Massoud Yazdchi, Mohsen Mokhtari, Sajjad Moradi, Ali Malihi, Fatemeh Khorramjou, Kiarash Kamrani, Hamid Samiei, un professeur de l'université d'Ispahan appelé Mousavi, Omid Esmailzadeh et Mojtaba Hashemi.