Iran La vie de Sakineh Mohammadi Ashtiani est toujours en suspens

8 juillet 2011
Un an après que le sort de Sakineh Mohammadi Ashtiani eut été porté à la connaissance de l’opinion publique, la vie de cette femme est toujours en suspens.

Javid Houtan Kiyan. © DR

Âgée de 43 ans, Sakineh Mohammadi Ashtiani, qui est membre de la minorité azérie d’Iran, a été condamnée à mort par lapidation en 2006 pour «adultère en étant mariée». Elle s’est également vu infliger la peine de 10 ans d’emprisonnement pour son implication dans le meurtre de son mari. Selon son avocat, cette peine a été ramenée à cinq ans pour complicité de meurtre. Sakineh Mohammadi Ashtiani est toujours incarcérée à Tabriz. Dans une lettre adressée le 8 juillet 2011 par l’ambassade d’Iran en Espagne à Amnesty International Espagne, les autorités iraniennes ont réaffirmé qu'elle était condamnée à mort par lapidation, d’une part, et à 10 ans d’emprisonnement pour meurtre, d’autre part.

Sa sentence peut être appliquée à tout moment

Selon le Code iranien de procédure pénale, une personne condamnée à la lapidation droit rester en détention jusqu’à l’application de la peine. Sakineh Mohammadi Ashtiani est incarcérée sous le coup d’une condamnation à mort par lapidation prononcée en dernière instance. Le dossier ayant été adressé au Bureau d'application des peines, la sentence est susceptible d'être appliquée à tout moment. La vie de Sakineh Mohammadi Ashtiani est toujours en suspens.

Amnesty International continue de demander aux autorités iraniennes de ne pas planifier son exécution; l’organisation réclame également l’annulation de sa condamnation. Si Sakineh Mohammadi Ashtiani est détenue uniquement pour avoir eu des relations sexuelles consenties, elle doit être remise en liberté immédiatement et sans condition.

Arrestations de son fils et de journalistes

Son fils, Sajjad Qaderzadeh, et deux journalistes allemands ayant été aussi arrêtés ont été depuis remis en liberté; on croit toutefois savoir que Sajjad Qaderzadeh a fait l'objet de pressions de la part des autorités visant à le faire taire et à l'empêcher de mener campagne en faveur de sa mère.

On ne sait pas exactement si une suite a été donnée à la demande déposée par Javid Houtan Kiyan, l'avocat de Sakineh Ashtiani, en vue d’un réexamen judiciaire de la condamnation à la lapidation, ni même s’il est encore possible de procéder à un tel réexamen.

Par ailleurs, Javid Houtan Kiyan avait indiqué à Amnesty International avant son arrestation que le cas de Sakineh Mohammadi Ashtiani devait être examiné par la Commission d’amnistie et de grâce; depuis qu’il a été appréhendé, on n'a pu obtenir aucune information sur l'avancement de cette requête.

Arrestation et emprisonnement de son avocat

Javid Houtan Kiyan, ayant été arrêté en octobre 2010, Sakineh Mohammadi Ashtiani se trouve maintenant sans représentation juridique.

Au début de l’année 2011, une lettre émanant semble-t-il de Javid Houtan Kiyan a été diffusée. L’avocat affirmait qu’il avait subi des tortures en détention. Les autorités n’ont communiqué aucune information sur sa situation juridique depuis le 1er novembre 2010. Un procureur avait indiqué ce jour-là que l’avocat était détenu parce qu’il était soupçonné d'avoir en sa possession trois cartes d'identité falsifiées ou dupliquées. Selon d’autres sources, il pourrait avoir été condamné à des peines d'emprisonnement (entre un an et 11 ans) pour diverses infractions, et pourrait avoir encore à répondre d’autres chefs, la plupart, voire tous, en lien avec le fait qu'il assure la défense de Sakineh Mohammadi Ashtiani.

En avril 2011, Amnesty International a écrit aux autorités iraniennes pour leur demander des éclaircissements sur la situation juridique de Javid Houtan Kiyan. L’organisation n’a pas reçu de réponse. Si, comme tout semble l’indiquer, il est détenu uniquement en raison de l’exercice pacifique de son droit à la liberté d’expression, en particulier pour le travail mené en tant qu’avocat de Sakineh Mohammadi Ashtiani, il doit être remis en liberté immédiatement et sans condition. Une enquête doit être ouverte sans délai sur les allégations selon lesquelles il a été torturé en détention, et toute personne présumée responsable de ces agissements doit être traduite en justice.