Iran Vague d’arrestations en amont des élections législatives

31 janvier 2012
Amnesty International craint que la vague actuelle d’arrestations de professionnels des médias et de blogueurs n’ait pour but de limiter la liberté d’expression en prévision des élections législatives devant se tenir en Iran le 2 mars 2012.

Ces arrestations indiquent que les autorités iraniennes choisissent une nouvelle fois de restreindre la liberté d’expression et d’association afin, semble-t-il, de troubler le débat public et de prévenir toute critique potentielle du bilan des autorités dans divers domaines, dont les droits humains et les performances économiques, en amont de l’ouverture de la campagne électorale.

Amnesty International exhorte les autorités à libérer toutes les personnes appréhendées ces dernières semaines, à moins qu’elles ne soient inculpées dans les meilleurs délais d’une infraction dûment reconnue par la loi et jugées conformément aux normes internationales d’équité des procès.

L’organisation estime que la justice iranienne doit clairement indiquer qu’en Iran tout un chacun a le droit d’exprimer librement ses opinions, notamment en ce qui concerne les élections qui s’annoncent, et que les restrictions et arrestations de ce type bafouent les obligations internationales de l'Iran en matière de droits humains, notamment en ce qui concerne l'exercice pacifique des droits à la liberté d’expression, d’association ou de réunion.

Le 8 janvier 2012, Heydar Moslehi, le ministre du Renseignement, a annoncé que les autorités avaient appréhendé plusieurs «perturbateurs d'élections» à Téhéran, qu’il a accusés «d’essayer de mener à bien des complots américains contre le neuvième processus électoral parlementaire par le biais de réseaux virtuels et sociaux».

12 figures publiques engagées politiquement et socialement ont été arrêtées

Amnesty International a reçu des informations sur les personnes suivantes, qui auraient été arrêtées ces dernières semaines:

  • · Esmail Jafari, journaliste et blogueur spécialisé dans les relations du travail et les droits humains, est l’auteur du blog Rah-e Mardom (http://motomaden.blogfa.com/Profile/). Les autorités l’ont arrêté le 28 décembre 2011 à Bushehr, dans le sud-ouest de l’Iran, afin qu’il entame sa peine de huit mois de prison, prononcée en mars 2009 après qu’il eut été déclaré coupable d'avoir «porté atteinte à la sécurité nationale»; Amnesty International n'en sait pas plus.
  • · Fatemeh Kheradmand, auteure s’intéressant aux questions sociales; Ehsan Houshmand (ou Houshmandzadeh), sociologue et membre de la minorité kurde d’Iran, qui a écrit au sujet des minorités ethniques d’Iran ; et l’ancien prisonnier d'opinion Saeed Madani, sociologue et militant politique proche de Melii Mazhabi (Alliance nationale religieuse), ont été appréhendés séparément le 7 janvier 2012 par des hommes en civil disant appartenir aux forces de sécurité.
  • · Mehdi Khazali, fils de l’ayatollah Abolghasem Khazali, membre du Conseil des gardiens, aurait été appréhendé le 9 janvier 2012. Éditeur, il est également l'auteur du blog Baran (http://www.drkhazali.com/). Il a par le passé été arrêté trois fois en raison de critiques à l’égard du gouvernement. Il aurait été blessé lors de sa dernière arrestation en date.
  • · Parastou Dokouhaki, chercheuse sur des questions sociales et culturelles, militante en faveur des droits des femmes et blogueuse sur Zan-nevesht, a été arrêtée le 15 janvier 2012. Précédemment journaliste, elle travaillait pour l’influent magazine Zanan (femmes), désormais interdit.
  • · Le 17 janvier 2012, Peyman Pakmehr, rédacteur en chef du site Internet Tabriz News, a été appréhendé par des représentants locaux du ministère du Renseignement dans la ville de Tabriz (nord-ouest du pays), puis transféré à la prison d'Evin, à Téhéran. Il a été libéré sous caution au bout d’environ une semaine, après avoir été semble-t-il inculpé de «propagande contre le régime».
  • · Marzieh Rasouli, journaliste, a été arrêtée à la suite d’une perquisition à son domicile le 17 janvier 2012. Des membres de sa famille auraient déclaré que des fonctionnaires l’ont interpellée pour avoir « porté atteinte à la sécurité nationale » sans préciser ce qui lui était reproché. Les domaines de prédilection de Marzieh Rasouli sont la musique et le monde de l’édition; elle aurait précédemment travaillé pour les quotidiens Shargh et Etemad. Elle est semble-t-il détenue à la section 2A de la prison d’Evin.
  • · Le journaliste Sahamoddin Bourghani a été arrêté le 18 janvier 2012. Il écrit pour le site Internet d’information Irdiplomacy. Il serait lui aussi incarcéré à la section 2A de la prison d’Evin.
  • · L’ancien leader étudiant et journaliste Said Razavi Faghih a été arrêté vers le 17 ou le 18 janvier 2012 à l’aéroport international de Téhéran à son retour de Paris, et serait détenu à la prison d’Evin.
  • · Le journaliste Shahram Manouchehri aurait été appréhendé le 19 janvier 2012 par des fonctionnaires qui ont fouillé son logement et confisqué certaines de ses affaires, et l’ont transféré dans un lieu indéterminé.
  • · Le 20 janvier 2012, certaines informations ont indiqué que Mohammad Solimaninia (ou Solimani Nia) avait été arrêté 10 jours plus tôt à Karaj, après avoir été convoqué par la police. Ce traducteur est à la tête d’un réseau social professionnel, u24, que certains comparent à LinkedIn.

Amnesty International a par ailleurs fait savoir qu’elle était préoccupée par l’aspect discriminatoire du processus de sélection des candidats aux élections en Iran. Les candidats peuvent être disqualifiés pour différentes raisons, dont leur appartenance ethnique, leurs convictions religieuses, leurs opinions politiques et leur niveau d'études.