Israël et territoires occupés Ecrivain palestinien détenu sans inculpation

10 mai 2011
Les autorités israéliennes doivent libérer ou inculper un écrivain et universitaire palestinien détenu depuis près de trois semaines en Cisjordanie, a déclaré Amnesty International mardi 10 mai 2011.

L’Agence israélienne de sécurité (AIS) dit vouloir maintenir Ahmad Qatamesh en détention à la suite d’allégations indiquant qu’il est lié avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), ce qu’il nie.

«Nous craignons qu’Ahmad Qatamesh ne soit derrière les barreaux pour le simple fait d’avoir exprimé pacifiquement ses opinions politiques, a indiqué Philip Luther, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

«Si tel était le cas, Amnesty International le considérerait comme un prisonnier d’opinion et demanderait sa libération immédiate et inconditionnelle.»

Les forces de sécurité israéliennes ont effectué une descente au domicile d’Ahmad Qatamesh, à Ramallah, le 21 avril vers 1 heure du matin. Ne l’y trouvant pas, ils se sont rendus chez son frère, non loin de là, où ils l’ont arrêté. Il a été interrogé pendant 10 minutes après son arrestation, seul moment où on lui a posé des questions sur les allégations le concernant.

Dans les années 1990, Ahmad Qatamesh est devenu l’un des détenus administratifs d’Israël restés le plus longtemps incarcérés sous ce statut. Il a été arrêté par les Forces de défense d’Israël (FDI) en 1992 et aurait été torturé, puis il a été placé en détention administrative plus d’un an après. Malgré le manque de preuves présentées contre lui, ses ordonnances de détention ont été continuellement renouvelées jusqu’en 1998, année où il a été relâché à la suite d’une campagne internationale soutenue en faveur de sa libération.

Ahmad Qatamesh est connu pour sa publication autobiographique intitulée «Je ne porterai pas ton tarbouche [fez]», dans laquelle il raconte cette période passée en détention.

Douze jours après sa dernière arrestation, il s’est vu remettre une ordonnance de détention administrative d’une durée de six mois, après qu’un juge militaire a rejeté une requête de l’AIS en faveur d’une seconde prolongation de sa détention en vue de l’interroger.

Ce document semblait avoir été produit pour une autre personne – un détenu soupçonné de faire partie du Hamas dont le nom avait été recouvert de liquide correcteur et remplacé par celui d’Ahmad Qatamesh.

«L’utilisation de l’ordonnance de détention de quelqu’un d’autre pour renouveler en hâte la détention d’Ahmad Qatamesh semble être révélatrice de l’attitude cavalière des forces de sécurité israéliennes vis-à-vis du respect de la légalité pour les détenus palestiniens», a souligné Philip Luther.

Le 8 mai 2011, les autorités ont remplacé le document falsifié par une nouvelle ordonnance de détention administrative et l’ont présentée à un juge militaire, qui décidera de réduire, d’annuler ou de confirmer la période de détention prévue.

L’ordonnance indique maintenant qu’Ahmad Qatamesh est détenu parce qu’il constitue une menace pour la sécurité (sans préciser laquelle), mais aucune preuve n’a été présentée.

Le juge a demandé à voir les preuves secrètes retenues contre lui, que l’AIS doit lui soumettre lors d’une audience jeudi 12 mai. Cette audience se tiendra à huis clos, sans qu’Ahmad Qatamesh ni son avocat ne soit autorisés à être présents.

Les procédures de détention administrative d’Israël permettent de détenir indéfiniment des personnes sans inculpation ni procès.

Les autorités affirment que les détenus concernés constituent un « risque pour la sécurité » mais ne leur disent pas, ni à leurs avocats, comment elles sont parvenues à cette conclusion, ce qui les empêche de pouvoir la contester efficacement.

«Les autorités israéliennes ont utilisé la détention administrative pour enfermer des centaines de Palestiniens arbitrairement pendant de longues périodes, a ajouté Philip Luther. Ahmad Qatamesh doit soit être libéré, soit être inculpé et disposer de la possibilité d’être entendu dans le cadre d’une audience publique.»

Le FPLP est un parti politique palestinien de gauche qui possède une branche armée. Bien qu’Ahmad Qatamesh ait soutenu politiquement et intellectuellement ce parti dans les années 1990, il affirme ne plus y être lié depuis 13 ans.

À la connaissance d’Amnesty International, il n’a jamais eu de relations avec la branche armée du FPLP ni prôné la violence.