Israël et territoires occupés L’impact des colonies sur les droits humains

14 août 2013
Cela fait plus de 60 ans que la tribu bédouine des Jahalins se bat pour conserver son mode de vie. Dans les années 1950, les Jahalins ont été forcés à quitter leurs terres ancestrales dans le désert du Néguev. Les gouvernements israéliens successifs, semblant vouloir les faire disparaître, leur font subir depuis lors harcèlement, pressions et réinstallations. Et les décisions récemment prises par Israël en rapport avec l’expansion des colonies illégales en Cisjordanie occupée se solderont par de nouvelles difficultés pour ces populations. Par Deborah Hyams, spécialiste d’Israël et des territoires occupés à Amnesty International.

Tout cela me rappelle ma dernière visite en date J’ai visité la communauté jahalin de Khan al Ahmar pour la dernière fois il y a deux mois. Il nous avait été impossible d’utiliser un véhicule pour nous rendre dans ce village. Alors que nous nous en approchions sur l’autoroute principale, construite pour relier les colonies israéliennes illégales de Jérusalem-Est à celles du reste de la Cisjordanie, nous pouvions clairement voir ce village sur le flanc d’une colline au bord de la route. Mais aucune voie n’y menait.

Le village de Khan al Ahmar abrite une des 20 communautés bédouines jahalins menacées depuis des années par l’expansion des colonies israéliennes. Environ 2 300 réfugiés déplacés par Israël y vivent depuis les années 1950. Les autorités israéliennes ont bloqué la vieille route menant au village, et n’ont pas fourni de nouvel accès sûr. C’est comme si Khan al Ahmar avait disparu de la carte. Les autorités israéliennes continuent à essayer d’expulser de force les habitants du village.

Pour nous rendre sur place, nous avons dû, d’autres délégués d’Amnesty International et moi-même, laisser notre bus au bord de cette autoroute très passante, descendre sur la route en terre située sous celle-ci, puis gravir la colline à pied jusqu’à Khan al Ahmar. Alors que voitures et camions filaient à toute allure derrière nous, nous nous sommes rendu compte que des écoliers empruntaient ce chemin tous les jours.

Expulsés de leurs terres ancestrales

Traditionnellement, les Jahalins tiraient leurs revenus de l’économie pastorale, qui dépend de l’accès à des pâturages. Depuis des décennies, leur capacité à maintenir ce mode de vie se voit réduite par la construction de colonies réservées aux seuls juifs, la présence de bases militaires et la création de réserves naturelles, qui empiètent sur les terres qu’ils utilisent.

Depuis près de deux ans, les résidents luttent contre les tentatives d’Israël de les expulser de force de chez eux. Au début, l’armée israélienne a proposé de les reloger sur un terrain tout proche d’une décharge municipale, sans les avoir consultés. C’est seulement sous l’effet de pressions exercées par des organisations non gouvernementales locales et par la communauté internationale que les autorités israéliennes ont accepté d’envisager d’autres sites. Aucune véritable consultation n’a cependant encore eu lieu.

L’expansion incessante des colonies illégales se poursuit. Plusieurs propositions israéliennes controversées ont déjà été faites au sujet de l’expansion des colonies. À l’époque, ces projets avaient été largement condamnés par des gouvernements du monde entier.

Pendant notre visite à Khan al Ahmar, les résidents nous ont fait part de leurs difficultés à continuer à mener certaines activités quotidiennes, comme rassembler leurs moutons et éduquer leurs enfants, face à l’armée israélienne et à l’expansion des colonies. Ils ont souligné que le projet d’Israël de transférer les populations jahalins représente la plus grande menace à leur existence à ce jour.

Les États-Unis, qui parrainent la reprise des négociations israélo-palestiniennes, ainsi que l'Union européenne et tous les pays concernés, doivent veiller à ce qu'Israël respecte le droit international. Israël doit immédiatement abandonner les projets impliquant d’expulser de force des Jahalins hors de leurs terres, et annuler tous les ordres de démolition visant leurs domiciles. Il doit par ailleurs suspendre sans délai la construction et l'expansion des colonies israéliennes, à titre de première étape vers un retrait des civils israéliens qui vivent dans ces colonies.

Alors que notre bus s’éloignait, nous pouvions voir Khan al Ahmar et les autres hameaux bédouins éparpillés au cœur d’un des plus vastes projets de l’histoire des colonies israéliennes. Ces bergers réfugiés se retrouvent isolés face à cette crise des droits humains. Il ne faut pas les abandonner.