Plus d'un millier d'habitations ont été détruites par les frappes israéliennes à Gaza, contraignant les habitants à dormir dans des lieux publics comme cette cour d'une école des Nations unies. © AFP/Getty Images
Plus d'un millier d'habitations ont été détruites par les frappes israéliennes à Gaza, contraignant les habitants à dormir dans des lieux publics comme cette cour d'une école des Nations unies. © AFP/Getty Images

Israël/Gaza Dix jours de conflit et des crimes de guerre des deux côtés

21 juillet 2014
L'offensive terrestre lancée par Israël dans la bande de Gaza, qui a commencé dans la nuit du 17 juillet après 10 jours d'affrontement entre les forces israéliennes et des groupes palestiniens armés, souligne la nécessité pour la communauté internationale d'agir de toute urgence afin de protéger les civils de nouveaux crimes de guerre commis par les deux camps, à Gaza comme en Israël, a déclaré Amnesty International le 18 juillet.

«Lors des attaques aériennes incessantes d'Israël sur Gaza, les forces israéliennes ont fait preuve d'un mépris flagrant pour les vies et les biens civils, qui doivent être protégés en vertu du droit international humanitaire», a déclaré Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International.

Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, quelque 240 Palestiniens avaient déjà été tués au 17 juillet à 15 heures, avant que l'opération terrestre ne commence ; au moins 171 des victimes étaient des civils, notamment 48 enfants et 31 femmes. Un civil israélien a été tué par un tir de mortier provenant de Gaza mardi 15 juillet. Au moins 30 autres Palestiniens auraient été tués dans la bande de Gaza depuis le coup d'envoi de l'offensive terrestre.

«Prendre des civils pour cible et mener des attaques directes contre des biens civils est injustifiable. Les deux camps, qui ont à de multiples reprises porté atteinte au droit international en toute impunité, doivent être amenés à rendre des comptes, et le premier pas dans cette direction est une enquête internationale diligentée par les Nations unies», a déclaré Philip Luther.

Des frappes israéliennes imprécises

Plus de 1 780 logements ont par ailleurs été complètement détruits ou rendus inhabitables par les attaques israéliennes, et 10 600 résidents de Gaza se retrouvent sans domicile. Des biens civils israéliens ont également été endommagés par des roquettes tirées à l'aveugle depuis Gaza.

«Prendre délibérément pour cible un logement civil est un crime de guerre.»
Philip Luther, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Amnesty International

Huit membres d'une même famille ont été tués tôt le matin du 10 juillet lors d'une frappe aérienne sur le domicile de Mahmoud Lutfi al Hajj, dans le camp de réfugiés de Khan Younis (bande de Gaza). Plus de 20 voisins ont également été blessés lors de cette attaque, qui n'a été précédée d'aucune mise en garde particulière. «C'est une zone très densément peuplée, la frappe n'a pas touché qu'une seule maison mais toute la population, et la destruction est totale», a déclaré Mahmoud Atamneh, un voisin, à Amnesty International.

Les autorités israéliennes n'ont fourni aucune information en relation avec des cas spécifiques afin de justifier ces attaques. Si elles ne sont pas en mesure de le faire, ces attaques constitueront des crimes de guerre et s'apparenteront à des châtiments collectifs. Même lorsqu'une personne vivant sur place appartient à un groupe armé palestinien, une frappe visant un logement civil où se trouve une famille entière est susceptible de constituer une attaque disproportionnée.

Infrastructures essentielles détruites

Des frappes et des bombardements aériens israéliens ont par ailleurs causé de terribles dégâts au niveau des infrastructures des secteurs de l'eau et de l'assainissement à travers la bande de Gaza. Trois employés ont été tués alors qu'ils essayaient d'effectuer des réparations cruciales ; les hostilités incessantes ont rendu ce type de travail trop dangereux dans de nombreuses zones. Le 16 juillet, les Nations unies ont indiqué qu'au moins la moitié de la population de Gaza –soit environ 900 000 personnes– étaient actuellement privées d'eau. Les dégâts infligés aux équipements d'évacuation et de pompage, et les risques de contamination des réserves d'eau en ayant résulté sont à l'origine d'une situation d'urgence sanitaire.

Depuis le début du conflit, au moins 84 écoles de Gaza ont subi des dégâts et au moins 13 établissements de santé ont dû cesser leurs activités. Lorsque l'hôpital de réadaptation al Wafa de Shujaiyyeh a été bombardé pour la deuxième fois jeudi 17 juillet, le personnel a été contraint d'évacuer tous les patients, apparemment alors que l'attaque se poursuivait, puis l'hôpital a été détruit.

Des armes sous des bâtiments civils

Le Hamas et les groupes armés palestiniens eux aussi font fi du droit international et mettent les civils en danger. Le 16 juillet, l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a découvert une vingtaine de roquettes dissimulées dans une école inoccupée de la bande de Gaza. Au moins 22 900 civils ont été déplacés et un grand nombre d'entre eux ont trouvé refuge dans 24 écoles administrées par l'UNRWA à travers Gaza.

«Les groupes armés palestiniens de la bande de Gaza ne doivent pas entreposer de munitions dans des zones résidentielles ni lancer d'attaques depuis celles-ci, a déclaré Philip Luther. L'aile militaire du Hamas et d'autres groupes armés palestiniens de Gaza, qui ont tiré plus de 1 500 roquettes à l'aveugle en Israël, doivent immédiatement mettre fin à ces crimes de guerre».

Amnesty International appelle une nouvelle fois les Nations unies à imposer un embargo sur les armes à toutes les parties au conflit afin de prévenir de nouvelles violations graves du droit international.