Une Palestinienne marche devant une maison détruite à Gaza, le 12 mai 2021. © Mohammed Abed / AFP via Getty Images
Une Palestinienne marche devant une maison détruite à Gaza, le 12 mai 2021. © Mohammed Abed / AFP via Getty Images

Israël et territoires occupés Les civils paient de nouveau le prix fort face à l’intensification des hostilités

17 mai 2021
Les forces israéliennes et les groupes armés palestiniens de la bande de Gaza ne doivent pas répéter les atteintes au droit international humanitaire ayant fait des morts et des blessés parmi la population civile et détruit des habitations et des infrastructures lors de précédents affrontements.

Depuis le 10 mai, des groupes armés palestiniens ont tiré plus de 1 500 roquettes en direction de zones civiles dans le centre d’Israël et dans des villes proches de la frontière de Gaza, tuant et blessant des civil·e·s. Les forces israéliennes ont effectué des frappes aériennes, tuant et blessant des civil·e·s dans la bande de Gaza. Elles ont aussi endommagé ou détruit au moins deux immeubles résidentiels où logent des dizaines de familles palestiniennes, ainsi qu’un immeuble de bureaux à Gaza, dans le cadre d’attaques ciblées s’apparentant à des sanctions collectives contre la population palestinienne. En tout, ces violences ont tué au moins 53 personnes, parmi lesquelles 14 mineur·e·s, à Gaza, et sept en Israël.

«L’intensification des affrontements armés entre Israël et les groupes armés palestiniens de la bande de Gaza alimente la crainte de nouvelles effusions de sang au sein de la population civile et de destructions supplémentaires de logements et d’infrastructures au cours des prochains jours. Toutes les parties au conflit ont l’obligation absolue de protéger les civil·e·s. Elles doivent se souvenir qu’une enquête est en cours devant la Cour pénale internationale et ne pas présumer qu’elles bénéficieront de l’impunité du passé pour leurs violations», a déclaré Saleh Higazi, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International. 

«Cette escalade de la violence rappelle les hostilités de 2008, 2012 et 2014, durant lesquelles ce sont les civil·e·s qui ont le plus souffert, de nombreux décès et des destructions de grande ampleur ayant eu lieu à Gaza, qui subit depuis 2007 un blocus illégal s’apparentant à une sanction collective.

«Les forces israéliennes comme les groupes armés palestiniens ont perpétré en toute impunité des crimes de guerre et d’autres violations. Le bilan d’Israël sur ce terrain est déplorable. Ses attaques illégales contre Gaza ont fait des morts et des blessés parmi les civil·e·s, certains de ces agissements constituant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Des groupes armés palestiniens ont également commis des atteintes au droit international humanitaire qui restent impunies.»

Amnesty International condamne systématiquement les tirs aveugles de roquettes effectués par les groupes armés palestiniens.

«Tirer en direction de zones habitées des roquettes qu’il est difficile d’orienter avec précision peut constituer un crime de guerre.» Saleh Higazi, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International

«Tirer en direction de zones habitées des roquettes qu’il est difficile d’orienter avec précision peut constituer un crime de guerre et risque de mettre en danger des vies civiles des deux côtés de la frontière entre Israël et la bande de Gaza», a déclaré Saleh Higazi.

En Israël, un Palestinien de nationalité israélienne âgé de 50 ans et sa fille de 15 ans ont été tués lors de ce qui semble être une attaque à la roquette dans le village non reconnu de Dohmosh, aux abords de la ville de Lydda, dans le centre d’Israël. Cette communauté n’a pas accès à des refuges, et le dispositif d’alerte au moyen duquel des sirènes avertissent la population que des projectiles ont été tirés depuis Gaza ne fonctionne pas dans ces zones.

Sanction collective

À Gaza, les forces israéliennes ont mené des attaques contre un certain nombre d’immeubles résidentiels dès les premières heures du matin le 11 mai. Une tour d’habitation de 13 étages - la tour Hanadi - a été complètement détruite et réduite à un amas de décombres. Les civil·e·s avaient été prévenus de cette frappe et avaient quitté les lieux. L’immeuble de bureaux Al Jawhara a également été gravement touché et l’immeuble Al Shurouq a quant à lui été détruit et réduit à l’état de ruines le 12 mai. D’autres bâtiments ont été partiellement endommagés, après que des appartements spécifiques ont été visés.

«Détruire entièrement des immeubles d’habitation de plusieurs étages, et ainsi priver de logement des dizaines de familles, s’apparente à une sanction collective contre la population palestinienne et porte atteinte au droit international.» Saleh Higazi

«Le fait de prendre délibérément pour cible des biens de caractère civil et de détruire de manière extensive et injustifiée des biens privés constitue un crime de guerre. Détruire entièrement des immeubles d’habitation de plusieurs étages, et ainsi priver de logement des dizaines de familles, s’apparente à une sanction collective contre la population palestinienne et porte atteinte au droit international», a déclaré Saleh Higazi.

«Même si une partie d’un immeuble donné est utilisée à des fins militaires, les autorités israéliennes sont tenues de choisir des moyens et des méthodes d’attaque limitant les risques pour les civil·e·s et leurs biens.»

Une attaque visant un logement au dernier étage de «Tiba Apartments», un immeuble de sept étages, a tué une femme et son fils, un jeune homme de 19 ans ayant des besoins spécifiques, qui vivaient à l’étage d’en-dessous. 

Une attaque contre une tour résidentielle de 14 étages nommée «al Jundi al Majhoul» a causé la mort de trois membres palestiniens du Djihad islamique. Une civile résidant dans cet immeuble qui a été réveillée par l’attaque a déclaré: 

«L’immeuble s’est mis à trembler très fort [...] Quand nous avons regardé par les fenêtres [...] nous avons vu que tout le monde en bas nous regardait, et puis les gens ont hurlé "sortez tout de suite" parce que l’immeuble avait été touché [...] quelques minutes plus tard, j’étais dehors, et des gens m’ont mise hors de danger [...], ce qui est étrange à dire maintenant, car nous ne savions pas quels lieux seraient suffisamment sûr pour nous mettre à l’abri.

«L’immeuble n’est pas encore détruit, mais l’idée que cela puisse se produire suffit à nous terroriser. Nous n’avons pas pu fermer l’œil, les frappes n’ont pas arrêté. J’ai une fille de deux ans et demi et c’est sa première guerre, j’étais moi-même terrifiée et je ne savais pas quoi faire pour la calmer », a-t-elle déclaré, ajoutant «ce qui me rend furieuse, c’est qu’ils peuvent facilement viser qui ils veulent avec précision, comme ils l’ont fait dans notre tour, et pourtant ils choisissent de réduire des immeubles entiers en ruines. Que faut-il en déduire? J’ai du mal à croire qu’un immeuble entier représente une menace à la sécurité.»

«La communauté internationale doit aussi exhorter Israël à s’attaquer aux causes profondes de cette dernière explosion de violence en date, parmi lesquelles figurent l’impunité pour des crimes de guerre et d’autres graves violations du droit international.» Saleh Higazi

Amnesty International demande à la communauté internationale, notamment aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies - en particulier aux États-Unis - de dénoncer publiquement les atteintes au droit humanitaire et d’exercer des pressions sur toutes les parties au conflit afin de protéger les civil·e·s. Les États-Unis doivent cesser de temporiser et permettre au Conseil de sécurité de faire une déclaration forte sans plus attendre.

«Nous demandons instamment aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies de prendre publiquement une position ferme et d'imposer immédiatement un embargo complet sur les armes à destination d’Israël, du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens, dans le but de prévenir de nouvelles violations graves du droit international humanitaire et des violations des droits humains par les parties au conflit», a déclaré Saleh Higazi.

«La communauté internationale doit aussi exhorter Israël à s’attaquer aux causes profondes de cette dernière explosion de violence en date, parmi lesquelles figurent l’impunité pour des crimes de guerre et d’autres graves violations du droit international, ainsi que l’expansion en cours de colonies de peuplement illégales par Israël, le blocus de Gaza, et l’expulsion forcée et la spoliation de Palestiniens tels que ceux de Sheikh Jarrah.»