Libye Ils risquent la mort pour avoir défendu les droits des femmes

17 juin 2013
Deux hommes politiques risquent d’être condamnés à mort par les autorités libyennes. Leur crime? Avoir publié un dessin humoristique sur les droits des femmes considéré par certains comme insultant envers l’islam.

Fathi Sager, secrétaire général du Parti national libyen (PNL), et Ali Tekbali, en charge de l’orientation politique, sont comparus dimanche 16 juin 2013 devant le Tribunal pénal de Tripoli. Ils encourent la peine de mort pour un dessin humoristique sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce dessin représente un groupe d’hommes débattant du rôle des femmes dans la société libyenne, dont l’un d’entre eux est barbu. Ce même personnage est réapparu sous les traits du prophète Mahomet trois mois plus tard dans le magazine satirique français Charlie Hebdo en septembre 2012. Toutefois, le dessin original ne faisait aucune référence au prophète Mahomet ni à l’islam.

Les charges retenues contre les deux hommes reposent sur des articles du Code pénal fréquemment invoqués pour réprimer l’opposition politique sous Mouammar Kadhafi. Ils sont accusés d’insulte envers l’islam et d’incitation à la haine. «Les poursuites engagées contre Ali Tekbali et Fathi Sager sont grotesques et doivent être immédiatement abandonnées. S’ils sont reconnus coupables de ces accusations, ils seront des prisonniers d’opinions», a estimé Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Ali Tekbali et Fathi Sager seraient les premiers hommes à être jugés pour ces chefs d’inculpation depuis le soulèvement qui a conduit au renversement de Mouammar Kadhafi en 2011. «Cela fait bientôt deux ans que la Libye a garanti la liberté d’expression dans sa déclaration constitutionnelle, a expliqué Hassiba Hadj Sahraoui. Il est proprement scandaleux de penser que défendre les droits des femmes est devenu un crime passible de la peine capitale, alors que les femmes en Libye réclament de participer davantage à la vie publique et au processus d’élaboration de la Constitution.»

Ali Tekbali, a déclaré à un délégué d’Amnesty International: «Le but principal du dessin était de montrer que les femmes ne sont pas des seaux emplis de péchés marchant dans les rues, comme le pensent ces hommes. Une société ne peut pas prospérer si les deux côtés, les hommes et les femmes, ne travaillent pas ensemble.»