Depuis le soulèvement en Libye, qui s’est rapidement mué en conflit armé, le pays reste profondément divisé et les droits humains sont régulièrement violés. AFP/Getty Images
Depuis le soulèvement en Libye, qui s’est rapidement mué en conflit armé, le pays reste profondément divisé et les droits humains sont régulièrement violés. AFP/Getty Images

Libye Sept manières dont les droits humains sont battus en brèche depuis le «Printemps arabe»

16 février 2016
Il y a cinq ans en Libye, un soulèvement initialement pacifique s’est rapidement mué en conflit armé, donnant notamment lieu à une intervention militaire occidentale. Il a pris fin lorsque le colonel Mouammar Kadhafi a été tué en octobre 2011. Les gouvernements successifs ne sont ensuite pas parvenus à empêcher des milices nouvellement créées, composées de combattants anti-Kadhafi, de commettre des crimes pour lesquels elles n’ont jamais été amenées à rendre des comptes. Le pays reste profondément divisé et il est, depuis mai 2014, de nouveau en proie au conflit armé. Voici sept manières dont les droits humains sont battus en brèche à travers le pays :

La Libye depuis le «Printemps arabe» : sept manières dont les droits humains sont battus en brèche

  1. Tous les camps ont perpétré des crimes de guerre et de graves violations des droits humains, notamment des attaques tant directes qu’aveugles contre des civils et leurs biens. Des centaines de personnes ont été enlevées et torturées en raison de leur affiliation politique ou appartenance tribale présumée, de leurs origines ou de leurs opinions.
  1. Les groupes armés sont incontrôlables. Le groupe armé se faisant appeler État islamique (EI) s’est emparé de certaines zones, où il procède à des exécutions publiques, exposant parfois le corps des victimes en public. L’EI a également procédé à des flagellations et des amputations publiques, et fait état de certains de ces crimes sur les médias sociaux.
  1. Les migrants et les réfugiés sont victimes de graves violations. Beaucoup sont torturés, exploités et abusés sexuellement le long des itinéraires empruntés par les passeurs pour se rendre en Libye ou la quitter. D’autres ont été placés en détention pour une durée indéterminée. Des milliers de personnes tentent par ailleurs de quitter la Libye et de traverser la Méditerranée pour se rendre en Europe à bord de bateaux inadaptés à un voyage en mer. En 2015, plus de 2 880 personnes se sont noyées alors qu’elles essayaient d’effectuer la traversée entre l’Afrique du Nord et l’Italie.
  1. Les civils paient un lourd tribut au conflit et à la violence dans le pays. Près de 2,5 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, et notamment d’eau propre, d’installations sanitaires et de nourriture. De nombreux hôpitaux et cliniques sont fermés, endommagés ou inaccessibles en raison des combats. Environ 20% des enfants ne sont pas en mesure d’aller à l’école en Libye.
  1. La liberté d’expression est attaquée. Des journalistes, des militants en faveur des droits humains et des employés d’organisations non gouvernementales (ONG) ont été menacés, enlevés et assassinés par divers groupes armés. Des chaînes de télévision ont été vandalisées, incendiées et prises pour cible par des grenades tirées à la roquette. Reporters sans frontières a recensé plus de 30 attaques contre des journalistes entre janvier et novembre 2015.
  1. Les droits des femmes sont en recul. Des militantes ont été victimes d’actes d’intimidation et de menaces, et des femmes se déplaçant sans être accompagnées par un homme ont été harcelées par des milices. De nouvelles lois ont introduit des discriminations supplémentaires à l’égard des femmes, par exemple en facilitant le mariage des enfants et en permettant aux hommes de divorcer de leur épouse sans obtenir l’approbation d’un tribunal.
  1. Le système de justice fonctionne à peine. Les tribunaux de certaines villes sont fermés parce que la situation est extrêmement dangereuse, et des juges et avocats ont été agressés et enlevés. Des milliers de personnes considérées comme loyales au colonel Kadhafi sont incarcérées depuis des années sans inculpation ni procès. Le procès de 37 anciens représentants de l’État, pour crimes de guerre présumés et d’autres infractions, a été entaché de graves irrégularités, notamment par des manquements au devoir d’enquêter sur les allégations de torture formulées par les accusés.