Heurts entre des contestataires et la police antiémeutes irakienne utilisant des canons à eau lors d’une manifestation contre la corruption du pouvoir et la mauvaise qualité des services publics, entre la place Tahrir et le quartier hautement sécurisé de la «zone verte» (Bagdad, 1er octobre 2019). © Ahmad Al Rubaye/AFP via Getty Images
Heurts entre des contestataires et la police antiémeutes irakienne utilisant des canons à eau lors d’une manifestation contre la corruption du pouvoir et la mauvaise qualité des services publics, entre la place Tahrir et le quartier hautement sécurisé de la «zone verte» (Bagdad, 1er octobre 2019). © Ahmad Al Rubaye/AFP via Getty Images

Moyen-Orient et Afrique du Nord: Rapport 2019 Une nouvelle vague de soulèvements massifs se heurte à une répression brutale

Communiqué de presse publié le 18 février 2020, Berne/Genève. Contact du service de presse
C’est avec une détermination qui fait froid dans le dos, que les gouvernements du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord ont brutalement réprimé les manifestations et ont bafoué les droits des centaines de milliers de personnes qui sont descendues dans la rue en 2019 pour réclamer plus de justice sociale et des réformes politiques, a déclaré Amnesty International, à l'occasion de la publication de son rapport annuel sur la situation des droits humains dans la région.

Le rapport Les droits humains au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Rétrospective 2019 – Sélection d'entrées pays montre que, au lieu d'écouter les revendications des manifestants, les gouvernements ont une fois de plus eu recours à une répression implacable pour réduire au silence des détracteurs pacifiques, tant dans la rue qu'en ligne.

«Défiant les autorités et témoignant d'une formidable détermination, des foules ont envahi les rues de la région, de l'Algérie au Liban en passant par l'Irak et l'Iran – souvent au risque de leur vie – afin de réclamer le respect des droits humains, la dignité et la justice sociale, ainsi que la fin de la corruption.» Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International.

Rien qu'en Irak et en Iran, plusieurs centaines de personnes ont été tuées par les forces de sécurité lors de manifestations réprimées dans le sang. Au Liban, la police a eu recours à une force illégale et disproportionnée pour disperser des manifestations. En Algérie, les autorités ont réprimé les manifestations en procédant à des arrestations massives et en engageant de nombreuses poursuites judiciaires. Dans toute la région, des gouvernements ont arrêté et poursuivi pour leurs commentaires en ligne des militant·e·s qui se tournaient vers les réseaux sociaux pour exprimer leur mécontentement.

«Défiant les autorités et témoignant d'une formidable détermination, des foules ont envahi les rues de la région, de l'Algérie au Liban en passant par l'Irak et l'Iran – souvent au risque de leur vie – afin de réclamer le respect des droits humains, la dignité et la justice sociale, ainsi que la fin de la corruption. Ces manifestants et manifestantes ont prouvé qu'ils ne se laisseraient pas intimider ni réduire au silence par leurs gouvernements», a déclaré Heba Morayef, directrice régionale pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International.

«Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l'année 2019 a été «l’année de la résistance» envers les autorités. C'est aussi une année qui a montré que l'espoir était toujours vivant – et que malgré les événements sanglants qui ont suivi les soulèvements de 2011 en Syrie, au Yémen et en Libye et la dégradation catastrophique de la situation des droits humains en Égypte, la foi des populations dans le pouvoir collectif de mobilisation pour le changement a été ranimée.»

Répression des manifestations

Dans l'ensemble de la région, les autorités ont utilisé tout un éventail de tactiques pour réprimer la vague de manifestations – arrêtant arbitrairement des milliers des manifestant·e·s et ayant parfois recours à une force excessive, voire meurtrière. Rien qu'en Irak et en Iran, des centaines de personnes ont été tuées et des milliers d'autres blessées lorsque les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les protestataires.

En Irak, où au moins 500 personnes sont mortes durant des manifestations en 2019, les manifestants ont fait preuve d'une formidable résilience, défiant les balles, les attaques meurtrières des tireurs embusqués et les tirs à bout portant de grenades lacrymogènes militaires causant de terribles blessures.

En Iran, des informations crédibles indiquent que les forces de sécurité ont fait plus de 300 morts et des milliers de blessés en seulement quatre jours, entre le 15 et le 18 novembre, quand elles ont réprimé des manifestations déclenchées à l'origine par une hausse du prix des carburants. Plusieurs milliers de personnes ont par ailleurs été arrêtées et beaucoup ont été soumises à une disparition forcée et à la torture.

 «Le lourd bilan des manifestations en Irak et en Iran montre bien jusqu'où les gouvernements sont prêts à aller pour réduire au silence toute forme d'opposition, a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International. Dans le même temps, dans les territoires palestiniens occupés, Israël a poursuivi sans relâche sa politique consistant à recourir à une force excessive, y compris meurtrière, contre les manifestants.» Les forces israéliennes ont aussi tué des dizaines de Palestiniens et Palestiniennes durant des manifestations à Gaza et en Cisjordanie

En Algérie, où des manifestations de grande ampleur ont entraîné la chute du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, les autorités ont cherché à réprimer les manifestations en arrêtant arbitrairement et en poursuivant en justice de très nombreux manifestant·e·s.

Au Liban, les manifestations de masse qui ont débuté en octobre et ont conduit à la démission du gouvernement étaient au départ largement pacifiques, mais elles se sont heurtées à de nombreuses reprises à un usage illégal et excessif de la force. En outre, les forces de sécurité ne sont pas intervenues efficacement pour protéger les manifestants pacifiques des attaques de sympathisants de groupes politiques rivaux.

En Égypte, la vague de manifestations qui a éclaté en septembre, dans un pays où les mouvements de protestation sont rares, a pris les autorités par surprise et a donné lieu à des arrestations arbitraires massives; plus de 4000 personnes ont ainsi été arrêtées.

«Les gouvernements du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord ont fait preuve d'un mépris total à l'égard des droits des citoyens et citoyennes à la liberté de manifester et de s'exprimer pacifiquement, a déclaré Heba Morayef.

«Au lieu de lancer une répression meurtrière et de recourir à des mesures telles que l'utilisation excessive de la force, la torture ou la multiplication des arrestations arbitraires et des poursuites judiciaires, les autorités feraient mieux d'écouter les revendications en faveur de la justice sociale et économique ainsi que des droits politiques, et d'y répondre.»