FC Bayern Münich, Doha Training Camp - Jour 1 © 2012 Getty Images
FC Bayern Münich, Doha Training Camp - Jour 1 © 2012 Getty Images

Qatar Pourquoi Amnesty International ne demande pas le boycott de la Coupe du monde au Qatar

18 novembre 2022. Par Natalie Wenger
Les appels au boycott de la Coupe du monde de football masculine 2022 se multiplient. Amnesty International respecte ces demandes, mais n'appelle pas elle-même au boycott. Découvrez les raisons.

La Coupe du monde est le temps du football. Normalement, les fans se rassemblent sur les places publiques et dans les bars, suivent les matchs avec enthousiasme et vibrent avec leur équipe.

Mais en cette Coupe du monde, peu de choses semblent normales. Au lieu de se dérouler en été, cette année le tournoi prend place durant les froides journées de novembre. La joie est déjà gâchée: les déclarations discriminatoires de l'ambassadeur du Qatar pour la Coupe du monde, les salaires impayés et les violations persistantes des droits humains font la une des journaux.

Peu après l'attribution de la Coupe du monde 2022 de la FIFA au Qatar en 2010, des critiques massives avaient déjà été émises. De nombreux rapports d'organisations telles qu'Amnesty International ont révélé de graves abus à l'encontre des ouvriers migrants. Ceux-ci avaient été mobilisés pour la construction des infrastructures de la Coupe du monde. Cela a conduit à des demandes de boycott de plus en plus fortes. Plusieurs établissements de différentes villes suisses ont décidé de ne pas organiser de projections publiques. La ville suisse de Vevey a suivi l'exemple de Paris, en interdisant toutes les manifestations dans l'espace public en rapport avec la Coupe du monde au Qatar. Dans la sphère privée également, des déclarations telles que: «Je ne regarderai pas cette Coupe du monde» ou «Je ne donnerai plus jamais un centime à la FIFA» se multiplient.

Un boycott doit permettre de donner un signal: pour obtenir des améliorations quant à la situation des travailleur∙euse∙x∙s migrant∙e∙x∙s et pour montrer à la FIFA qu'une attribution de la Coupe du monde sans le respect des droits humains ne sera plus acceptée. Amnesty International choisit toutefois une autre voie.

Veiller à des améliorations durables

De plus en plus de supporters s'informent sur la situation des droits humains au Qatar et exigent un football socialement responsable. Il faut s'en réjouir! Il est grand temps de porter un regard critique sur ces événements sportifs de grande ampleur.

Toutefois, Amnesty International n'appelle pas au boycott. Nous respectons néanmoins le fait que d'autres veuillent l'utiliser comme moyen de pression politique. Pour faire pression sur les responsables de violations des droits humains et pour obtenir des améliorations, il faut différents moyens politiques complémentaires. Le boycott peut être l'un d'entre eux.

En tant qu'organisation de défense des droits humains, nous établissons des règles sur la manière dont nous souhaitons agir politiquement. Et l'une de ces règles est que nous ne soutenons un boycott que dans le cas où nous avons dénoncé les actions d‘une entreprise ou d'un pays, mais qu'aucun changement de comportement n'a eu lieu par la suite.

Ce n'est pas le cas au Qatar: le gouvernement a entrepris des réformes et nous observons des mesures allant dans la bonne direction, telles qu'une loi réglementant les conditions de travail des employé∙e∙x∙s de maison, un fonds d'indemnisation en cas de salaire impayé et l'introduction d'un salaire minimum. Cependant, même si nos recherches et les pressions politiques qui en découlent ont permis d'obtenir un certain nombre d'améliorations, ni le Qatar ni la Fifa n'assument pleinement leurs responsabilités en matière de droits humains. Nous considérons qu'il est de notre devoir de maintenir une pression politique visible, même pendant les matchs, afin de garantir la mise en œuvre des réformes au Qatar mais aussi des critères relatifs aux droits humains pour les futurs tournois sportifs.

Si nous boycottions la Coupe du monde de la FIFA, nous risquerions de voir les réformes déjà mises en œuvre s'enliser ou même être annulées après le coup de sifflet final. Nous devons empêcher cela. En tant qu'organisation œuvrant pour la justice sociale, il est de notre devoir de documenter les violations des droits humains, de publier nos analyses et de faire pression pour obtenir des changements positifs. C'est pourquoi nous maintenons un accès à la FIFA, à l'UEFA, aux autorités qataries et aux équipes nationales.

Les responsables réagissent à la pression

Nos actions ont fait leurs preuves. En 2015 encore, la FIFA laissait entendre que les violations des droits humains lors de la construction de stades ne relevaient pas de sa responsabilité. Cette position a changé depuis. L’institution internationale a intégré les droits humains dans ses statuts et a adopté une stratégie de durabilité pour la Coupe du monde. En 2017, le gouvernement qatari a adopté une série de réformes importantes, mais leur mise en œuvre reste lacunaire. Amnesty reste vigilante et exige des améliorations constantes.

Ce qui fait toujours défaut : un mécanisme d'indemnisation complet pour les violations des droits humains subies. Nous demandons donc à la FIFA et au gouvernement qatari de mettre en place un tel mécanisme. C'est le moment d'agir et de placer le respect des droits humains dans le football et au Qatar au centre des préoccupations.

Nous maintenons la pression publique. Nous ne boycottons pas la Coupe du monde; au lieu de cela, nous profitons de l'événement pour obtenir une amélioration de la situation des droits humains au Qatar. Nous voulons informer les gens en Suisse, et en particulier les fans de football, sur les circonstances dans lesquelles cette Coupe du monde a été organisée et les inviter à agir. Nous souhaitons que les gens ne se contentent pas de regarder, mais qu'iels regardent attentivement, y compris dans les coulisses. C'est pourquoi nous serons présent∙e∙x∙s lors de plusieurs projections publiques. Nous exigeons le respect des droits humains sans restriction - dans le football, au Qatar et partout ailleurs dans le monde.