Syrie L'assassinat de Meshal al Tammo intensifiera-t-il le conflit?

11 octobre 2011
L'assassinat d'un important dirigeant kurde en Syrie risque de constituer un tournant dangereux dans le cadre de la répression menée par le gouvernement contre les actions de protestation.

200_syrie.jpg Meshal al Tammo. © AI

Meshal al Tammo, porte-parole du parti Courant du futur kurde, et un des fondateurs du Conseil national (nouvelle coalition d'opposition syrienne),  a été abattu vendredi 7 octobre 2011 par des hommes armés non identifiés à El Qamishli, près de la frontière entre la Syrie et la Turquie.

Un de ses fils, Marcel, et une militante kurde syrienne, Zaheda Rashkilo, ont été grièvement blessés lors de cette attaque, qui s'est produite au domicile d'un ami de Meshal al Tammo.

«Il s'agit d'un meurtre de sang-froid et ceux qui ont commis ce crime odieux doivent être identifiés et traduits en justice», a déclaré Malcolm Smart, directeur du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International.

Une enquête doit être ouverte

«Si le gouvernement syrien ou des représentants de celui-ci s'avéraient responsables, cet homicide risque de marquer le début d'une intensification dangereuse de la répression sévissant en Syrie.»

Des militants syriens accusent les autorités et affirment que Meshal al Tammo a été pris pour cible en raison de son rôle décisif dans la mobilisation visant à associer la minorité kurde aux manifestations antigouvernementales. Le gouvernement syrien a attribué son homicide à des «terroristes armés» et qualifié le dirigeant kurde de «martyr».

«Les autorités syriennes doivent immédiatement diligenter une enquête indépendante, ou les soupçons pesant sur elles se resserreront», a déclaré Malcolm Smart.

«Elles doivent inviter les Nations unies à envoyer des experts internationaux sur place afin d'aider à mener cette enquête et de veiller à ce qu'elle soit indépendante et approfondie.»

Tirs sur les invités pendant les funérailles

Un témoin du meurtre a déclaré à Amnesty International que le dirigeant kurde déjeunait avec son fils et d'autres personnes chez un ami vendredi 7 octobre 2011, lorsque plusieurs hommes masqués et armés ont fait irruption et exigé qu'il les suive. Lorsqu'il leur a demandé qui ils étaient, ils ont ouvert le feu, le blessant mortellement et touchant Zaheda Rashskilo aux jambes alors qu'elle essayait de le protéger.

«J'ai entendu les tirs et les cris de Zaheda. J'ai couru vers la maison et j'ai trouvé Marcel dehors, en sang […]. Il m'a dit: «Va voir si mon père va bien !» C'est à ce moment-là que les autres ont porté le corps de Meshal hors de la maison […]. Il a succombé à ses blessures, causées par huit balles ayant principalement visé son cœur», a expliqué le témoin à Amnesty International.

Meshal al Tammo a été enterré le lendemain. Des milliers de personnes ont assisté à ses funérailles, durant lesquelles les forces de sécurité syriennes auraient ouvert le feu sur des membres du cortège, en tuant deux et en blessant plusieurs autres.

Au moins 51 personnes auraient été tuées depuis le vendredi 7 octobre 2011, les autorités continuant à s'en prendre aux manifestants à travers le pays. Amnesty International a compilé une liste de plus de 2 400 personnes tuées depuis la mi-mars 2011.

Meshal al Tammo était un ancien prisonnier d'opinion. Il avait été emprisonné d'août 2008 à juin 2011 en raison de ses activités politiques en tant que porte-parole du parti du Courant du futur kurde, avant d'être remis en liberté à la faveur d'une grâce partielle accordée par le président Bachar el Assad.

Il avait échappé à une tentative d'assassinat le 8 septembre 2011. Un autre membre du Conseil national, Riad Seif, aurait été agressé par des inconnus le 7 octobre 2011; il s'en est sorti avec un bras cassé.

Feu vert au gouvernement syrien pour continuer le massacre

Le meurtre de Meshal al Tammo est survenu trois jours après que la Russie et la Chine aient opposé leur veto à une résolution contraignante déjà édulcorée sur la Syrie au Conseil de sécurité des Nations unies.

«Parce qu'il n'a pas adopté de résolution juridiquement contraignante sur la Syrie, le Conseil de sécurité des Nations unies a manqué à ses obligations envers le peuple syrien et indirectement donné aux autorités syriennes son feu vert pour que le carnage continue», a conclu Malcolm Smart.

«Il est crucial que la communauté internationale redouble d'efforts afin de mettre un terme à la répression en Syrie, notamment en saisissant le procureur de la Cour pénale internationale pour qu'il poursuive les dirigeants du pays. C'est désormais la seule manière de réagir aux graves violations des droits humains perpétrées en Syrie.»