Syrie Une blogueuse arrêtée tandis que la répression continue

7 décembre 2011
L’arrestation d’une blogueuse américano-syrienne bien connue, qui fait vraisemblablement suite à ses activités pacifiques en faveur de la réforme, est un nouveau pas en arrière pour le régime syrien, a souligné Amnesty International mardi 6 décembre.

196_syrie.jpg Razan Ghazzawi est une activiste et blogueuse connue en Syrie. © Jillian York

Razan Ghazzawi, 31 ans, a été arrêtée par la police de l’immigration syrienne à la frontière entre la Syrie et la Jordanie dimanche 4 décembre 2011. Elle se rendait dans la capitale jordanienne, Amman, pour assister à un atelier consacré à la liberté de l’information dans le monde arabe.

Née aux États-Unis mais élevée en Arabie saoudite et à Damas, Razan Ghazzawi a mené campagne pour la libération de blogueurs et de militants emprisonnés en Syrie au cours des manifestations populaires en faveur de la réforme qui se poursuivent et de la violente répression des forces de sécurité syriennes.

Le gouvernement avait pourtant promis de libérer les détenu·e·s politiques

«Le gouvernement syrien s’est engagé à libérer toutes les personnes détenues en raison de leur participation aux événements en cours, mais elles sont encore des milliers derrière les barreaux et sont maintenant rejointes par la blogueuse Razan Ghazzawi, qui est bien connue pour son action en faveur de la liberté d’expression, a déclaré Ann Harrison, directrice adjointe par intérim du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

«Razan Ghazzawi est très probablement une prisonnière d’opinion, détenue uniquement pour avoir exprimé pacifiquement ses convictions légitimes. Elle doit être libérée immédiatement et sans condition si elle n’est pas inculpée d’une infraction dûment reconnue par la loi.

«Le fait qu’elle soit actuellement détenue au secret dans un lieu indéterminé l’expose au risque d’être torturée. Les autorités syriennes doivent au moins informer sans délai sa famille du lieu où elle se trouve et lui permettre d’entrer en contact avec ses proches et avec un avocat de son choix.» 

Des milliers d’autres personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations en faveur de la réforme en Syrie à la mi-mars, et nombre d’entre elles sont détenues au secret dans des lieux inconnus où les actes de torture et les autres formes de mauvais traitements seraient monnaie courante. Amnesty International a recueilli les noms de 180 personnes qui seraient mortes en détention en Syrie depuis mars 2011.

Razan Ghazzawi a été arrêtée à cause de son engagement militant

Razan Ghazzawi, qui travaille comme attachée de presse au Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression, est l’une des rares blogueuses syriennes à publier sous son propre nom. Elle a diffusé des informations sur les violations des droits humains en Syrie et d’autres sujets sur son blog et sur Twitter (@RedRazan). 

D’autres blogueurs ont lancé une campagne en ligne pour obtenir sa libération.

Son dernier article, publié le 1er décembre 2011, célébrait la libération du blogueur Hussein Gher. Ce dernier a été libéré la semaine dernière après avoir passé plus de 30 jours en prison.

Des amis et collègues de Razan Ghazzawi ont fait l’éloge de sa détermination et de son courage. Peu avant son arrestation, elle a déclaré: 

«Si quelque chose m’arrive, sachez que le régime ne craint pas les prisonniers, mais plutôt ceux parmi vous qui ne les oublient pas.»

Le 2 novembre 2011, le gouvernement syrien a accepté, dans le cadre des lignes directrices établies par la Ligue arabe pour mettre fin à la violence, de libérer toutes les personnes détenues à la suite du mouvement de protestation. N’ayant pas tenu cette promesse et d’autres engagements – notamment celui d’autoriser l’accès des observateurs internationaux dans le pays – la Syrie a été suspendue de cette organisation régionale.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit agir au plus vite

Le 23 novembre 2011, une commission d’enquête mise en place par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies s’est déclarée «extrêmement préoccupée par les crimes contre l’humanité commis» en Syrie. 

Depuis avril 2011, Amnesty International appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à saisir le procureur de la Cour pénale internationale de la situation en Syrie afin qu’il enquête sur les violations s’apparentant à des crimes contre l’humanité.