Syrie Attaque d'un convoi humanitaire près d'Alep

21 septembre 2016
L’attaque menée dans la nuit du lundi 19 septembre contre un convoi humanitaire des Nations unies et du Croissant-Rouge syrien, qui était destiné à aider 78 000 personnes à Alep, est une atteinte flagrante aux principes les plus fondamentaux du droit international humanitaire.

Des témoins en Syrie ont affirmé à l’organisation que ce convoi, ainsi que l’entrepôt du Croissant-Rouge syrien où il s’était arrêté, ont fait l’objet de bombardements intensifs pendant deux heures lundi soir, faisant soupçonner que les forces gouvernementales syriennes ont délibérément pris pour cible l’opération humanitaire.

Crime de guerre

«Une attaque soutenue contre un convoi et des travailleurs humanitaires, horrible quelles que soient les circonstances, aura en outre dans le cas présent un impact catastrophique non seulement sur les civils en grande difficulté auxquels l’aide était destinée, mais également sur les opérations humanitaires vitales menées à travers le pays», a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

«Si le convoi a fait - comme il le semble - l’objet d’une attaque délibérée, cela constituerait un nouveau crime de guerre commis par le gouvernement syrien. Cela montre qu’en Syrie les civils paient de leur vie cinq ans d’impunité totale pour des crimes de guerre et crimes contre l'humanité systématiques. Tant que la communauté internationale ne prouvera pas qu’elle est déterminée à traduire en justice les auteurs de ces agissements, ces crimes se poursuivront sur une base quotidienne.»

L'ONU suspend ses convois humanitaires

Stephen O’Brien, responsable des opérations humanitaires des Nations unies, a déclaré que le convoi avait obtenu toutes les autorisations requises, et que toutes les parties au conflit avaient été informées de son itinéraire. Les Nations unies ont annoncé une suspension temporaire de tous les convois humanitaires en Syrie après cette attaque. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, une vingtaine de civils ont été tués.

Des témoins dont les propos ont été recueillis par Amnesty International ont déclaré que divers aéronefs, dont des hélicoptères et des avions de chasse de fabrication russe, ont pris part aux bombardements, dans la ville d’Urum al Kubra (ouest du gouvernorat d’Alep). Vingt-et-un des 31 camions du convoi ont été partiellement ou complètement détruits.

Deux heures de bombardement

«Les explosions se sont toutes produites à proximité du centre du Croissant-Rouge, qui se trouve loin de toute présence militaire. Je n’ai pu lancer une opération de recherche et de sauvetage qu’après la fin des bombardements [...] qui ont duré au moins deux heures», a déclaré à Amnesty International un secouriste à Urum al Kubra.

«Les explosions se sont toutes produites à proximité du centre du Croissant-Rouge, qui se trouve loin de toute présence militaire.» - un secouriste à Urum al Kubra.

Abu Haytham, un militant spécialisé dans les médias, a dit qu’il avait entendu un avion de guerre dans la zone, mais qu’il n’aurait jamais imaginé que le bâtiment du Croissant-Rouge syrien serait pris pour cible. Lorsqu’il est arrivé sur le site après le bombardement, de nombreux camions étaient en feu et le bâtiment était détruit.

«Des hommes gisaient à terre», a-t-il déclaré. «On m’a dit qu’il s’agissait de chauffeurs de poids lourd et de bénévoles qui déchargeaient les camions. Le logo du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés était affiché sur les camions. Ils contenaient des médicaments, de la nourriture et d’autres articles dont la population a désespérément besoin.»