Une bombe-baril lancée depuis un hélicoptère sur la ville de Daraya, Février 2014. © Fadi Dirani/AFP/Getty Images
Une bombe-baril lancée depuis un hélicoptère sur la ville de Daraya, Février 2014. © Fadi Dirani/AFP/Getty Images

Syrie Vidéo de la ville de Daraya assiégée sous les bombes-barils

Communiqué de presse publié le 18 avril 2016, Londres – Genève. Contact du service de presse
La réalité des bombardements incessants du gouvernement syrien sur la ville assiégée de Daraya, en périphérie de Damas, apparaît crûment dans une nouvelle vidéo alors que les pourparlers de paix se poursuivent à Genève.

Amnesty International espère que cette vidéo présentant des témoignages poignants incitera la communauté internationale à réitérer ses demandes au gouvernement syrien afin qu’il permette l'acheminement de l'aide humanitaire de premier secours à Daraya et dans toutes les zones encore assiégées.

Si aucun baril d'explosifs n'a été largué sur Daraya depuis l'entrée en vigueur de la «cessation partielle des hostilités» le 26 février, des attaques utilisant d'autres armements ont eu lieu et les milliers de civils qui se trouvent toujours dans la ville souffrent de graves pénuries de nourriture et de médicaments, et de l'absence d'électricité.

 

 

«Cette vidéo
témoigne de la
terreur que vivent les civils assiégés.»Magdalena Mughrabi, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.

«Cette vidéo témoigne de la terreur que vivent les civils assiégés, pris sous la chape de plomb des bombes-barils larguées par le gouvernement syrien. Elle montre de manière détaillée ce que les civils à Daraya doivent endurer», a déclaré Magdalena Mughrabi, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.

«Il est absolument scandaleux – mais pas surprenant – que le gouvernement syrien continue de bombarder et d'affamer ses propres citoyens. Et il est inacceptable que l'ONU et d'autres membres influents de la communauté internationale ne fassent pas davantage pour remédier à la situation désespérée à Daraya et dans d'autres zones assiégées.»

Bombes-barils

Les forces gouvernementales syriennes ont largué des milliers de barils d'explosifs sur Daraya au cours de trois ans d’un siège paralysant. D'après les données recueillies par le Conseil municipal de Daraya, près de 6 800 barils d'explosifs ont été largués sur la ville entre janvier 2014 et le 26 février 2016, date de l'accord de «cessation des hostilités».

D'innombrables vidéos et images ont montré les dégâts et les destructions causés par ces bombardements. Au moins 42 civils, dont 17 enfants, ont été tués par ces armes imprécises. D'après les militants locaux, 1 200 autres civils ont été blessés. Ils estiment que le bilan meurtrier serait sans doute bien plus élevé, si les habitants n'étaient pas aussi habitués à se précipiter dans les abris dès que des hélicoptères sont repérés.

La plupart des habitants de Daraya ont fui il y a plusieurs années et aujourd'hui, il n'en reste qu'entre 4 000 et 8 000, soit une petite partie de la population initiale.

Des témoignages douloureux

La vidéo, filmée par des civils à Daraya entre 2014 et fin février 2016, comporte des images qui n'ont encore jamais été rendues publiques.

Elle montre des scènes où les forces gouvernementales syriennes larguent des bombes-barils qui explosent dans la ville, où circulent des civils – dont des enfants et des vieillards. Elle raconte la terreur qui est la leur face à ces attaques incessantes contre une ville assiégée.

«Ils veulent me tuer», dit une fillette à lunettes et aux cheveux bouclés, lorsqu'on l’interroge au sujet des bombes. Dans une autre scène, on peut voir un jeune garçon blessé, allongé à côté du cadavre de son frère, tué lors d'une attaque aux barils d'explosifs, pleurant et implorant : « Mon frère, je t'en prie, ne me quitte pas. »

«Alors que les pourparlers de paix ont repris à Genève, il est crucial de faire de l'accès de l'aide humanitaire dans ces zones une priorité. Si la majorité des armes se sont tues et si le déluge de bombes sur Daraya a cessé depuis le cessez-le-feu du 26 février, il importe d’écarter cette menace une bonne fois pour toutes. En outre, tous les responsables présumés de crimes de guerre durant le conflit doivent être amenés à rendre des comptes.»

La crise humanitaire en marge du siège de Daraya

À la destruction généralisée et de grande ampleur causée par les milliers de barils d'explosifs largués sur Daraya par les forces gouvernementales s'est ajouté le blocage de la ville – aucune aide humanitaire n'y a été acheminée depuis novembre 2012.

Les travailleurs médicaux manquent cruellement de ressources pour faire face à l'ampleur de la crise humanitaire à laquelle ils sont confrontés. Le seul hôpital de campagne encore debout dans la ville assiégée a été pris pour cible à 15 reprises par les forces gouvernementales.

L'office médical de Daraya a adressé à Amnesty International la liste de plus de 100 médicaments, fournitures et équipements dont ils ont besoin de toute urgence. Parmi ces produits figurent des antibiotiques, des analgésiques et des anesthésiants, des désinfectants et d'autres produits de nettoyage, et des équipements dont des appareils de dialyse, des scanners et des lits d'hôpitaux et des lits de camp.

Au 26 mars, un mois après l'entrée en vigueur de la «cessation des hostilités», le gouvernement syrien n'avait pas autorisé l'accès humanitaire à six zones assiégées au moins, dont des régions de la Ghouta orientale et Daraya, malgré les demandes répétées de l'ONU, selon un rapport du secrétaire général du Conseil de sécurité de l'ONU.

Le gouvernement syrien doit autoriser l'acheminement de l'aide requise de toute urgence à Daraya, conformément à ses obligations au titre du droit international humanitaire et des résolutions contraignantes du Conseil de sécurité de l'ONU. Le Groupe international de soutien à la Syrie et les agences de l'ONU, particulièrement le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, doivent veiller à ce que l’aide parvienne à Daraya et dans toutes les zones assiégées.