Des travailleurs déchargent la nourriture fournie par l'UNICEF à partir d'un cargo au port de Hodeida, en mer Rouge. © ABDO HYDER/AFP/Getty Images
Des travailleurs déchargent la nourriture fournie par l'UNICEF à partir d'un cargo au port de Hodeida, en mer Rouge. © ABDO HYDER/AFP/Getty Images

Yémen Des millions de civils en danger en raison d’un blocus sur les biens de première nécessité

Communiqué de presse publié le 22 juin 2017, Londres/Genève. Contact du service de presse
Des millions de vies sont en danger parce que la coalition que dirige l'Arabie saoudite bloque l’entrée au Yémen de produits de première nécessité – nourriture, carburant et fournitures médicales notamment – et que les autorités houthies de facto du pays retardent ensuite leur distribution.

Intitulé «Stranglehold», ce document révèle que la coalition menée par l'Arabie saoudite impose des restrictions excessives à l'entrée de denrées essentielles et d'aide, tandis que les autorités houthies entravent la circulation de l'aide humanitaire dans le pays. Ces obstacles, renforcés par l'offensive militaire meurtrière que mène l'Arabie saoudite contre la ville portuaire de Hodeida, aggravent la situation humanitaire déjà très difficile au Yémen et bafouent le droit international.

«Les restrictions illégales qu'impose la coalition dirigée par l'Arabie saoudite sur les importations, ainsi que l'ingérence des Houthis dans la distribution de l'aide, empêchent les Yéménites d'obtenir des produits vitaux dont ils ont désespérément besoin», a déclaré Lynn Maalouf, directrice des recherches pour le Moyen-Orient à Amnesty International.

«On ne peut ignorer plus longtemps cette crise humanitaire provoquée par l’homme. Le monde doit cesser de détourner le regard tandis que le Yémen suffoque peu à peu.» - Lynn Maalouf

«Ces contraintes ont des conséquences de plus en plus graves pour les civils; des millions d’entre eux sont au bord de la famine et ont besoin d'une assistance humanitaire. On ne peut ignorer plus longtemps cette crise humanitaire provoquée par l’homme. Le monde doit cesser de détourner le regard tandis que le Yémen suffoque peu à peu.»

Depuis 2015, la coalition n'a cessé de durcir son blocus naval contre les ports de Saleef et Hodeida, sous contrôle houthi, et impose des restrictions sur les importations commerciales qui limitent l'accès des Yéménites aux denrées alimentaires.

Les restrictions et les retards concernant le carburant et les fournitures médicales ont contribué à l'effondrement du système de santé au Yémen. Ces restrictions se sont durcies après que des missiles houthis ont été tirés contre la capitale saoudienne Riyadh, ce qui suggère qu'il pourrait s'agir d'une sanction collective contre la population civile yéménite, susceptible de constituer un crime de guerre. En outre, les autorités houthies de facto entravent la livraison d'aide humanitaire à l'intérieur du Yémen, les travailleurs humanitaires dénonçant notamment les procédures bureaucratiques excessives, sources de retards importants.

Sur fond d'un regain de violence la semaine dernière, les forces yéménites appuyées par la coalition que dirige l'Arabie saoudite ont lancé une offensive contre Hodeida. Couper cette voie d'approvisionnement ne ferait qu'aggraver l'une des pires crises humanitaires que connaît actuellement le monde.

La coalition que dirige l'Arabie saoudite restreint les accès portuaires

C’est en 2015 que l’Arabie saoudite a commencé à inspecter des navires et retarder ou limiter l'accès aux ports yéménites de la mer Rouge, faisant valoir qu'elle appliquait l'embargo sur les armes décrété par la Résolution 2216 du Conseil de sécurité de l'ONU. Aussi, en 2015, le Mécanisme de vérification et d'inspection des Nations Unies (UNVIM) a-t-il été mis sur pied pour contrôler les navires commerciaux à destination des ports yéménites de la mer Rouge tout en veillant au respect de l'embargo sur les armes.

Néanmoins, la coalition continue d'inspecter les navires, y compris lorsqu'ils ont reçu l'autorisation de l’UNVIM de poursuivre jusqu'au port, ce qui les retarde de manière excessive. En moyenne, les navires qui se rendent dans les ports yéménites de la mer Rouge ont dû attendre 120 heures en mars et 74 heures en avril pour obtenir l'autorisation de la coalition.

Le 15 mars, le Conseil de sécurité de l'ONU a demandé aux États membres de la coalition d'inspecter les navires ayant déjà reçu l’aval de l’UNVIM «d'une manière efficace et dans un délai raisonnable». Or, ils continuent d'ignorer cette demande et d'abuser du régime d'inspection, entravant la livraison de denrées essentielles et d'aide humanitaire.

De ce fait, la pénurie de carburant, devenue paralysante, restreint l'accès aux denrées alimentaires, à l'eau salubre et aux services d’assainissement, contribuant à la propagation de maladies évitables. Selon cinq professionnels de santé interviewés, la pénurie de carburant rend difficile le fonctionnement des hôpitaux, qui ont besoin de faire tourner des générateurs pour fournir de l'électricité.

Aux termes du droit international humanitaire, toutes les parties au conflit armé ont l'obligation de permettre et de faciliter la distribution rapide et sans entraves d'une aide humanitaire impartiale pour les civils qui en ont besoin. En outre, elles doivent garantir la liberté de mouvement des employés humanitaires autorisés afin qu'ils puissent faire leur travail.

Les alliés de l'Arabie saoudite doivent prendre position

Amnesty International demande au Conseil de sécurité de l'ONU de veiller à ce que toutes les parties au conflit au Yémen autorisent l'accès humanitaire rapide et sans entraves des agences de l'ONU et des organisations humanitaires afin de fournir des denrées alimentaires, du carburant, des médicaments et des fournitures médicales aux civils qui en ont besoin au Yémen. Il doit imposer des sanctions ciblées à ceux qui entravent la livraison d'assistance humanitaire et commettent d'autres violations du droit international humanitaire. Les États qui soutiennent la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, en particulier les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, doivent faire pression en ce sens.

Amnesty International demande l'arrêt de toute exportation d'armes utilisées dans le conflit au Yémen. Dans le contexte de l'assouplissement récent de l'ordonnance sur le matériel de guerre décidé par le Conseil fédéral, Amnesty International exige un contrôle strict des exportations d'armes de la Suisse vers les États impliqués dans la guerre au Yémen. Il est impératif que les armes suisses ne contribuent pas à la tragédie humanitaire au Yémen.