I Welcome Des retrouvailles émouvantes à l'issue d'un incroyable voyage

20 mars 2017

«Quand je ferme les yeux, je m'imagine de nouveau aux côtés de mon père», m'avait déclaré Alan Mohammad quand je l'avais rencontré pour la première fois dans un camp de réfugiés près d'Athènes, en juillet 2016. Lui et sa sœur, qui souffrent de dystrophie musculaire depuis leur naissance, pensaient que ce moment n'arriverait peut-être jamais.

Pourtant, jeudi 16 mars 2017 au soir, malgré tous les obstacles et après un périple qui leur a fait franchir quatre frontières et les a laissés bloqués pendant un an en Grèce, la famille a enfin été réunie.

Leurs retrouvailles émouvantes sont le point d'orgue d'un voyage qui paraissait impossible, et qu'ils ont entrepris ensemble en Syrie durant l'été 2014.

Après un premier entretien avec les services d'asile grecs fin septembre 2016, la famille a été transférée dans un hôtel de Khorithos, à une heure de route au nord d'Athènes, avec l'aide du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Et puis, il y a une semaine, ils ont reçu la nouvelle qu'ils attendaient. Lors d'un rendez-vous avec les services en charge de l'asile, on leur a annoncé qu'un vol pour Munich les attendait et qu'ils devaient retourner à l'hôtel préparer leurs affaires. Jeudi soir, ils ont retrouvé leur père et leur sœur dans un centre pour réfugiés près de Hanovre.

Alan et Gyan sont maintenant prêts à entamer une nouvelle vie en Allemagne. Ils ont déjà commencé à apprendre la langue et sont conscients des difficultés de vivre dans un autre pays. Mais ils savent aussi quelle chance ils ont, et ils n'oublient pas tous ceux qui se morfondent toujours dans les camps en Grèce, après un hiver impitoyable.

«J'espère qu'ils trouveront une solution pour les gens qui sont coincés dans les îles […] Certains sont morts à cause de la neige il y a quelques semaines. C'est très dur pour eux. J'ai vu les photos des gens sur les îles et cela m'a fait mal de les voir dans des tentes sous la neige», m'a déclaré Alan.

En 2015, l'Union européenne s'est engagée à relocaliser 66 400 demandeurs d'asile présents sur le sol grec dans les deux ans. Or, au 10 mars 2017, seules 9 925 personnes avaient été transférées dans d’autres pays européens dans le cadre du programme de relocalisation. De toute évidence, l'Europe peut et doit en faire plus pour accueillir les réfugiés qui se trouvent en Grèce, par le biais de la relocalisation, du regroupement familial ou des visas humanitaires.

Pour beaucoup, ces réfugiés ne sont que des statistiques. Mais pour Alan et Gyan, certains sont des amis et des compatriotes. Heureusement, Alan n'a plus besoin de fermer les yeux pour se voir aux côtés de son père, mais comme il m'a dit une fois: «Je me sens très triste pour tous mes amis et tous les réfugiés que j'ai laissés derrière moi. Il y a des enfants et des bébés là-bas et ils se trouvent dans une situation terrible. Je vous en prie, ne les oubliez pas.»