Golrokh Ebrhaimi Iraee et son mari Arash Sadeghi. ©Droits réservés
Golrokh Ebrhaimi Iraee et son mari Arash Sadeghi. ©Droits réservés

Iran Golrokh Ebrhaimi Iraee est libre mais son mari reste en danger de mort

4 janvier 2017
Golrokh Ebrhaimi Iraee a été libérée sous caution le mardi 3 janvier, son mari Arash Sadeghi a cessé sa grève de la faim mais les autorités doivent cesser de jouer avec sa vie et, dans l'attente de sa libération, lui fournir les soins médicaux dont il a besoin.

L’état de santé du défenseur des droits humains emprisonné Arash Sadeghi s’est beaucoup détérioré. Les autorités iraniennes mettent sa vie en grand danger et doivent le libérer sans délai. Après plus de deux mois de grève de la faim, Arash Sadeghi est toujours incarcéré dans la prison d'Evin, à Téhéran, il devait être transféré vers un hôpital le 3 janvier dans la soirée mais des sources fiables ont indiqué à Amnesty International que les autorités carcérales ont refusé de procéder à son transfert.

« Retarder le transfert d’Arash Sadeghi vers un hôpital est cruel et dégradant. Il se trouve dans un état critique et doit bénéficier de toute urgence de soins spécialisés et susceptibles de lui sauver la vie. En n’autorisant pas son transfert vers l’hôpital, les autorités iraniennes jouent avec sa vie et bafouent l’obligation qui leur est faite par le droit international de lui permettre de bénéficier de soins médicaux adéquats », a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

Tôt le matin du 4 janvier, il a été transféré à l’infirmerie de la prison parce qu’il s’était mis à vomir du sang et était pris d’une forte toux, de nausées et de douleurs abdominales. Les services de santé proposés par les infirmeries des prisons iraniennes sont très basiques et les prisonniers qui présentent de graves problèmes de santé doivent être transférés vers des établissements médicaux hors de la prison afin d’y être soignés. Arash Sadeghi a quant à lui été renvoyé vers sa cellule après qu’on lui ait administré des médicaments contre la nausée et des antalgiques.

Pressions de l'opinion publique mondiale                                                                                     

Après des semaines d'inaction, à la suite de pressions de l’opinion publique mondiale, les autorités iraniennes avaient promis, le samedi 31 décembre 2016, d'accorder au couple une permission de sortie temporaire en contrepartie d’une caution en biens immobiliers d’une valeur de 10 milliards de rials (300 000 dollars) pour Arash Sadeghi et de 5 milliards de rials (150 000 dollars) pour Golrokh Ebrahimi Iraee. L'avocat du couple a annoncé, le dimanche 1er janvier 2017, que la caution fixée pour Golrokh Ebrahimi Iraee avait été versée. Elle a finalement été libérée mardi 3 janvier et son mari a annoncé qu’il mettait un terme à sa grève de la faim.

Arrêtés injustement

«Cette libération est un soulagement, mais elle aurait dû intervenir bien plus tôt, a déclaré Nassim Papayianni, responsable des recherches sur l’Iran à Amnesty International. Ni Golrokh Ebrhaimi Iraee, ni son époux Arash Sadeghi n’auraient dû passer ne serait-ce qu’une minute derrière les barreaux. Tous deux ont été arrêtés injustement et traités comme des malfaiteurs simplement pour avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression et pour avoir défendu les droits humains.

Arash Sadeghi, injustement détenu pour son militantisme pacifique en faveur des droits humains, observait une grève de la faim depuis le 24 octobre 2016 pour protester contre l'emprisonnement de son épouse, Golrokh Ebrahimi Iraee. Militante des droits humains et écrivaine, elle avait été incarcérée pour avoir écrit une fiction dénonçant la pratique de la lapidation. Amnesty International considère Arash Sadeghi comme un prisonnier d'opinion. En conséquence, il doit être libéré immédiatement et sans condition.

Amnesty International estime préoccupant le fait que les autorités judiciaires iraniennes, au lieu d'ordonner la libération immédiate et inconditionnelle de ce couple de militants, aient choisi de les traiter comme de dangereux criminels, en fixant une caution d’un montant exorbitant.

Amnesty International estime préoccupant le fait que les autorités judiciaires iraniennes aient choisi de les traiter comme de dangereux criminels.

Une série de grèves de la faim

Ces dernières semaines, une série de grèves de la faim dans les prisons du pays a mis en évidence le caractère inhumain du système iranien de justice pénale. De nombreux prisonniers politiques, y compris des prisonniers d'opinion, ont été contraints de recourir à la grève de la faim parce qu'ils n’avaient guère d'espoir de contester en justice leur incarcération inique.

En signe de solidarité, des centaines de personnes, en Iran et partout dans le monde, ont utilisé les médias sociaux pour exprimer leur indignation, alors que les autorités iraniennes se refusaient à répondre aux griefs légitimes de détenus dont la santé s’était dégradée en raison de grèves de la faim prolongées.

Ali Shariati est, comme Arash Sadeghi, l’un des prisonniers dont la santé est ainsi menacée. Il observe une grève de la faim depuis le 31 octobre 2016 pour réclamer sa libération. Il purge une peine de cinq ans d’emprisonnement, à laquelle il a été condamné en raison de son militantisme pacifique, notamment de sa participation à une manifestation pacifique organisée pour dénoncer les attaques à l’acide visant les femmes en Iran. Amnesty International considère cet homme comme un prisonnier d’opinion.

D'autres prisonniers d'opinion

Parmi les autres prisonniers politiques actuellement en grève de la faim figurent Saeed Shirzad, prisonnier d'opinion et défenseur des droits de l'enfant, Mohammad Reza Nekounam, religieux dissident, et Hassan Rastegari Majd, ressortissant turco-iranien. Au 31 décembre 2016, on pensait également que Mehdi Koukhian, militant en ligne, et Nizar Zakka, expert en informatique de nationalité libanaise, étaient au nombre des grévistes de la faim, mais aucune information récente sur leur situation n'est disponible.