Premawathi Deux femmes en une

Article paru dans le magazine «Amnistie!», publié par la Section suisse d'Amnesty International, novembre 2004
«Au Sri Lanka, j’étais une personne très timide, je ne sortais pas, j’avais peur de faire quoi que ce soit toute seule.» Aujourd’hui, la vie en a décidé autrement. Non seulement Premawathi Consalvey travaille à 100%, mais encore elle file, elle court, elle vole. Elle est l’une de ces femmes qui incarnent la solidarité au quotidien.

La Sri Lankaise Premawathi Consalvey fait partie des lauréates du prix «Femme exilée, femme engagée» 2004, un prix qui rend hommage aux femmes exilées vivant en Suisse. © Maria Petschen La Sri Lankaise Premawathi Consalvey fait partie des lauréates du prix «Femme exilée, femme engagée» 2004, un prix qui rend hommage aux femmes exilées vivant en Suisse. © Maria Petschen

Les touristes reviennent toujours ravis du Sri Lanka. Un délicieux pays, le charme sur la terre ! Mais pour Premawathi, le pays natal n’a pas toujours été de rêve. Tamoule de Jaffna, elle est venue en Suisse en août 1992, rejoindre son mari déjà exilé. La guerre. L’insécurité. L’armée. Leurs deux enfants sont arrivés en 1996 pour y grandir à La Chaux-de-Fonds.

AMNISTIE!: «Femme exilée, femme engagée», ce prix qui vous a été décerné en 2004, dit tout de vous, Premawathi. Vous avez transformé l’exil, pas choisi, en un engagement renouvelé jour après jour?

Premawathi Consalvey: C’est vrai. Je me sens comme deux personnes. Comme je vous l’ai dit, au Sri Lanka, j’avais peur de faire des choses toute seule. Et ici, je ne sais pas. La nécessité peut-être. Je devais aider mon mari qui avait des problèmes de santé. Il fallait toujours demander aux autres. Ça m’a donné du courage et je me suis dit que je devais absolument apprendre le français. C’est que notre problème n’étais pas minuscule, vous savez. Mon mari a été dialysé pendant deux ans. Alors j’ai proposé de lui donner un rein. Et le 27 janvier 1993, c’était l’opération au CHUV, à Lausanne.

Le don que vous avez fait à votre mari, comme un second mariage, vous ressemble. Vous vous donnez aux autres. Mais revenons à votre installation ici. Vous saviez déjà que vous ne resteriez pas inactive?

J’ai très vite suivi des cours de français. Et puis une formation, le soir, à Neuchâtel, auprès du Centre de rencontres et d’échanges interculturels pour femmes réfugiées, immigrées et suisses (RECIF). En 2001, j’ai participé à la création de l’association Haut-RECIF pour La Chaux-de-Fonds, parce qu’il y a aussi un besoin pour les femmes migrantes dans le haut du canton. Et je continue à apprendre la langue en regardant la télévision, particulièrement TV5, parce que certaines émissions sont soustitrées en français. Et puis encore, j’écoute l’émission «Mordicus» à la Radio suisse romande, le matin. Ce sont toujours des sujets intéressants. Je note tous les mots que je ne connais pas. J’ai toujours plein de petits papiers sur moi pour écrire, puis je demande à mes collègues. Elles m’aident à progresser. Regardez toutes ces petites feuilles, je note tout ! Et j’écoute partout, dans le bus, à la gare, puis je me corrige. Il faut dire aussi que je suis catholique et que je vais à l’Eglise du Sacré-Coeur, donc, petit à petit, j’ai appris et j’ai connu des gens. En plus, je suis contente de travailler dans une usine. J’y suis à 100 %. J’adore ça, je fabrique des bracelets, des boucles et des fermoirs pour des montres haut de gamme.

Mais souvent vous vous dédoublez! Après le travail, vous filez prendre le bus pour un rendez-vous?

Oui, j’aime aider les femmes de ma communauté. Je me suis formée pendant deux ans à la traduction et à la médiation socioculturelle, formation dispensée par le Bureau du délégué aux étrangers du canton de Neuchâtel. Cela me permet, par exemple, d’accompagner mes compatriotes chez le médecin. Je leur dis de prendre rendez-vous après 16 heures ou entre 11 heures et midi. Et je cours au rendez-vous. Vous savez, quand elles sont malades, elles ne savent pas trouver les mots précis, alors je traduis. Ou bien je vais avec elles chez le gynécologue ou chez le pédiatre. C’est toujours dans le domaine de la santé.

Au fil des ans, vous avez noué beaucoup de relations à La Chauxde- Fonds. Mais vos compatriotes, eux, vous aident-ils à mener toutes ces activités sociales?

Oui, bien sûr. L’église nous a même confié un local dont j’ai la responsabilité. Nous y organisons des cours de danse de notre pays et des cours de synthétiseur. Et puis un frère et une soeur, des adultes, donnent des cours de français à des enfants tamouls de l’école primaire, tous les dimanches, une ou deux heures.

Mais Premawathi, où trouvez vous le temps et l’énergie pour mener de front votre travail à temps complet à l’usine, votre vie familiale et vos activités dédiées aux autres?

Je dois dire que c’est grâce à mon mari. Je ne pourrais pas faire tout cela sans lui. Il fait tout à la maison. Il a tout pris en charge. Il me laisse ma liberté pour pouvoir agir et aider les autres. Sa santé est fragile après cette greffe du rein et c’est un peu sa façon de participer. Nous voulons aider nos compatriotes. Et puis, j’adore faire tout ça. Maintenant, je cherche encore ce que je pourrais faire d’autre.

Justement, vous vous formez continuellement?

Oui, j’ai des projets. J’aimerais vraiment, en quelque sorte, me spécialiser dans le domaine de la santé. Il y a beaucoup de problèmes. Certaines compatriotes sont malades et je souhaiterais avoir plus de compétences. J’ai déjà suivi un programme de prévention et de promotion de la santé auprès des communautés migrantes, mais j’envisage encore de commencer l’an prochain une formation de deux ans, le soir, après mon travail, pour accompagner les femmes avant et après l’accouchement. Depuis un certain temps, à La Chaux-de-Fonds, on pratique beaucoup de césariennes. Je ne comprends pas pourquoi. Je voudrais donc aider ces femmes. Et vous savez, je voudrais tant que les autres femmes deviennent, elles aussi, autonomes, indépendantes.