Commission cantonale des droits de l’homme Genève, canton pionnier

Article paru dans le magazine «Amnistie!», publié par la Section suisse d'Amnesty International, novembre 2004
Genève est le seul canton suisse à abriter une Commission cantonale des droits de l’homme. Quel est son rôle au milieu des nombreuses organisations de défense des droits humains basées dans la cité de Calvin? Les explications de son président, le député radical Thomas Büc.

« La commission cantonale est née en 2000. Même si elle manque encore de visibilité, elle existe bel et bien», indique le député Thomas Büchi, président de la Commission cantonale des droits de l’homme du canton de Genève. Sa ligne directrice ? Donner une impulsion salutaire à l’avenir des droits humains dans la cité de Calvin et ailleurs dans le monde. Par quels biais? Une collaboration durable avec le haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, des politiques plus ambitieuses d’information publique et, au niveau de l’éducation, le soutien à l’enseignement des droits humains dans les écoles genevoises, dès l’école obligatoire.

Présomption d’innocence

Au niveau cantonal, la commission s’occupe également d’un sujet particulièrement sensible: la notion de présomption d’innocence dans la presse. «Ces derniers temps, nous avons assisté, surtout à Genève, à des violations des droits humains par une certaine presse à scandale», relève Thomas Büchi. D’après le parlementaire, certains journalistes parlent parfois de conflits interpersonnels qui ne sont pas absolument des délits, et ceci sans avoir fait des enquêtes assez poussées. Il s’est avéré qu’une telle presse pouvait conduire au suicide et à la destruction de familles entières en dévoilant la vie privée des gens. La commission va bientôt auditionner les différents responsables des médias locaux afin de définir une certaine limite entre la protection de la vie privée et la liberté de la presse.

Jumelage avec le Gabon

Au niveau international, la commission a répondu au mois de mai dernier à l’invitation du gouvernement du Gabon, pour l’aider à mettre en place une commission nationale des droits humains. Sur place, les délégués ont constaté que le pays ne connaît pas réellement de problèmes en matière de droits humains, si ce n’est au niveau de l’immigration. En raison de ses frontières communes avec le Cameroun, le Congo et la Guinée équatoriale, pays en guerre civile ou en conflit avec les pays voisins, le Gabon fait face à des flux migratoires difficiles à gérer. Mais il est signataire de nombreuses conventions relatives aux droits humains et membre de la Commission des droits de l’homme de l’ONU. Autant d’atouts dont va profiter la récente commission nationale mise en place pour consolider ce qui a été fait à ce jour dans le domaine des droits humains. «La commission genevoise a alors promis au gouvernement gabonais d’instaurer une coopération qui lui permettra sans doute de s’ouvrir sur de nombreux autres secteurs en matière de droits humains», souligne Thomas Büchi.

La section genevoise de l’UDC vient de proposer, dans un projet de loi soumis au Grand Conseil, de renommer la commission cantonale en «Commission des droits et devoirs de l’homme». Thomas Büchi se dit surpris par ce soudain intérêt de la part d’un parti qui n’a consacré qu’une dizaine d’heures à cette commission en trois ans d’existence…