Calang, Aceh Jaya le 24 mai 2004. © www.acehkita.com
Calang, Aceh Jaya le 24 mai 2004. © www.acehkita.com

Indonésie Une île ensanglantée

Article paru dans le magazine «Amnistie!», publié par la Section suisse d'Amnesty International, novembre 2004
La province d’Aceh, au nord de Sumatra, vit depuis plus d’un an une flambée de violence unique dans la guerre qui l’oppose aux autorités de Jakarta. Amnesty rompt le silence entourant ce conflit en publiant un rapport étoffé et accablant.

Alors que l’attention du  monde entier est braquée sur la situation en Irak, la violence fait rage quotidiennement dans la province d’Aceh, au nord de l’île indonésienne de Sumatra. Deux mille cinq cents personnes ont été tuées par les forces gouvernementales depuis l’échec des négociations entre le groupe séparatiste armé Gerakan Aceh Merdeka (Mouvement pour l’Aceh libre, GAM) et le gouvernement indonésien, en mai 2003. Les jeunes hommes figurent parmi les groupes de population les plus menacés. Soupçonnés d’appartenir au GAM, nombre d’entre eux ont été abattus par des soldats alors qu’ils travaillaient aux champs. Les jeunes ne sont pas les seuls visés. Les forces de sécurité contraignent hommes, femmes et enfants à prendre part à des opérations militaires en tant qu’éclaireurs, espions ou boucliers humains. Plus de 2200 personnes ont été arrêtées. Dans de nombreux cas, leur condamnation repose sur des aveux extorqués sous la torture. Pour fuir ces exactions, des centaines d’habitants de l’Aceh quittent leur province pour se rendre en Malaisie, un pays qui ne respecte pas les procédures internationales du droit des réfugiés et se livre à des renvois forcés.

Les femmes prises pour cible

Les cas d’enlèvements de jeunes filles, de viols et de violences sexuelles se multiplient. Certaines femmes ont dû se déshabiller en public devant des militaires qui les ont humiliées, d’autres ont été battues, torturées et violées en prison. Une femme a déclaré à Amnesty avoir été déshabillée et violée par six soldats pendant qu’elle était détenue par l’armée en 2003. Rouée de coups de poing, frappée avec une planche, elle a dû rester immergée dans l’eau froide jusqu’au cou durant neuf heures. Ses trois jeunes enfants ont été menacés de mort. Elle n’a été libérée qu’après avoir versé cinq millions de roupies (450 euros); elle a ensuite quitté l’Indonésie.

Du sang sur les mains des rebelles

Le GAM se rend lui aussi coupable d’exactions, notamment d’exécutions extrajudiciaires. Il a pris en otages des centaines de personnes et enrôlé des garçons et des fillettes dans ses troupes. D’autres enfants doivent jouer le rôle d’informateurs, collecter des «impôts», allumer des incendies et fournir des vivres. L’isolement de l’Aceh et les efforts limités que fait l’armée pour traduire les coupables en justice aggravent la situation. Ceux qui, sur place, tentent de surveiller la situation des droits humains font l’objet d’une sévère répression et la province demeure fermée aux observateurs internationaux. Les organisations humanitaires internationales et les journalistes n’y ont qu’un accès très restreint ou sont simplement expulsés – comme l’a été l’analyste américaine de l’International Crisis Group, Sidney Jones, avant les récentes élections présidentielles.