Quarante plumes pour les femmes

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°46, publié par la Section suisse d’Amnesty International, août 2006.
Sept cent septante pages d'informations, d'analyses, de reportages et de témoignages sur la condition des femmes. Cet ouvrage monumental est «une fresque du temps présent» des violences à l'égard des femmes.

Le Livre noir de la condition des femmes

«A celles qui ne se battent pas pour faire cesser l’oppression du système patriarcal et religieux, je dis: "Honte à vous! Honte à vous de ne pas protester, honte à vous de conforter un tel système!"» Elle ne mâche pas ses mots, Taslima Nasreen, la Bangladaise en exil. Victime, témoin, combattante, on la retrouve dans ce Livre noir de la condition des femmes, rédigé par quarante plumes averties.
Un ouvrage qui réunit informations, analyses, reportages, témoignages. Mais aussi proclamations, déclarations et instruments juridiques. Il s’agit non d’une somme scientifique, mais «d’une fresque du temps présent» des violences universelles et permanentes à l’encontre des femmes. Il est en cela un véritable outil de travail et un réquisitoire contre une société «tolérante». Une société dite humaine qui tolère qu’on asservisse, assassine, brûle, lapide, viole, vende, prostitue ou mutile des fillettes et des femmes par millions. Sous certaines latitudes, ce serait trop dire, mais la discrimination est toujours là, subtile, rampante, humiliante. Terrains de recherche: sécurité, intégrité, liberté, dignité, égalité.

Intégrité bafouée

Premier exemple, celui de la sécurité. La vie d’une fille ne pèse pas lourd et l’on s’arrange pour l’empêcher de venir au monde ou pour la laisser mourir. Sait-on assez qu’en Asie les femmes manquent, dans les statistiques, par dizaines de millions? On articule le nombre de cent millions. En Inde, la naissance d’une fille est annoncée avec précaution et on console la mère. Au Pakistan et en Afghanistan, des rituels de deuil sont observés lors de la naissance d’une fille. Que dire encore de ce «féminicide» dans la désormais tristement célèbre Ciudad Juárez au Mexique?

Quant à l’intégrité, c’est jusqu’à nos portes européennes qu’elle est bafouée. Une femme sur dix serait victime de violences psychologiques, physiques ou sexuelles. On n’en mesure pourtant pas l’ampleur et on n’encourage pas assez la recherche sur les causes, la nature, la gravité et les conséquences de cette violence.

Enfin, liberté, dignité, égalité sont des mots creux. Au nom de religions, de coutumes et de traditions, on maintient les femmes dans l’oppression. En Arabie Saoudite par exemple, les femmes n’ont obtenu qu’en 2005 le droit de posséder des papiers d’identité personnels car, jusque là, elles n’étaient que filles ou épouses. Quant à la traite des personnes, on estimait en 2000 qu’elle affectait quatre millions de personnes chaque année.

Mais attention! Ce Livre noir de la condition des femmes n’est ni une compilation de plaintes, ni une infinie lamentation de pauvres victimes, voix brisées et bras baissés. Refus de toute fatalité, il se veut une «incitation à rompre les silences». Et à ne pas tendre l’autre joue.


Le Livre noir de la condition des femmes, Paris, XO Editions, 2006, 777 p.