Chili «Amnesty m’a happée»

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°47, publié par la Section suisse d’Amnesty International, novembre 2006.
La Section chilienne d’Amnesty est, à l’image de sa présidente, en pleine effervescence. Rencontre avec Lorena Leiva, dans notre tour du monde des militant·e·s.

Lorena Leiva. Lorena Leiva. © AI

«L’année 2006 est l’année de l’envol pour la Section chilienne d’Amnesty.» Lorena Leiva, sa présidente, jubile. Cette linguiste de trente-cinq ans dit consacrer nonante pour cent de son temps à l’organisation, bénévolement. «Amnesty m’a peu à peu happée, plaisante-t-elle. Ce travail me passionne. Surtout l’idée que nous pouvons changer les choses, même si ce n’est qu’un petit peu.»

Amnesty explose

Peut-être un peu grâce à elle, Amnesty Chili est en pleine explosion: une action publique tous les deux jours, nonante mille visites sur son site internet et la remise au groupe U2 du titre symbolique d’ambassadeurs de conscience. Une section jeune qui a réussi à faire croître rapidement le nombre de ses membres et qui en compte aujourd’hui deux mille six cents. Mais Lorena Leiva, membre de l’organisation depuis six ans, ne compte pas s’arrêter là: «Nous aimerions atteindre huit mille membres en 2010.» Ce qui est fondamental pour la linguiste, c’est de ne pas se limiter aux violations commises dans le passé. «Lorsque les gens pensent aux droits humains au Chili, ils ont tendance à se limiter aux droits civils et politiques pendant la dictature de Pinochet. Maintenant que nous sommes dans un régime démocratique, le thème des droits humains se perd de vue. Amnesty peut voir les droits humains de manière globale, conscientiser plutôt que d’assister les Chiliens.» D’où la tentative – apparemment fructueuse – d’influencer l’agenda politique pour faire parler de violations qui existent aujourd’hui: la violence policière, les atteintes aux droits des indigènes, les prisons, la violence contre les femmes, ou les discriminations envers les gays et les lesbiennes.

Les juges résistent

Pour la jeune femme, la nouvelle présidente Michelle Bachelet, elle-même victime de la dictature, montre de bonnes dispositions à aborder les questions de droits humains. «Mais nous souhaitons plus d’engagements concrets, explique Lorena Leiva. Le problème, c’est que cela signifie pour le gouvernement se faire des ennemis. C’est aussi le pouvoir législatif qui fait traîner les dossiers. Et le pouvoir judiciaire, qui a conservé un héritage de la dictature.» Amnesty Chili se centre avant tout sur les problèmes en Amérique latine, car, selon sa présidente, il est plus facile de sensibiliser les gens à ce qui est proche d’eux. Ainsi, les activistes ont axé notamment leur travail sur les enfants-soldat·e·s au Salvador, la demande d’extradition de l’ex-président péruvien Alberto Fujimori et les meurtres de femmes au Guatémala: l’année dernière, le 25 novembre, toutes les sections latino-américaines ont mené des actions simultanées devant les ambassades guatémaltèques. Prochain événement majeur: le bicentenaire de l’indépendance du Chili, en 2010. «Nous avons lancé une pétition qui demande des minimaux pour le développement des droits humains au Chili, explique Lorena Leiva. La campagne a été lancée il y a un mois, et près de deux mille personnes la soutiennent déjà!»