Réfugié ou éleveur de poulet, n’importe quel Pakistanais risque d’être accusé de « terrorisme ». © AI
Réfugié ou éleveur de poulet, n’importe quel Pakistanais risque d’être accusé de « terrorisme ». © AI

Le Pakistan vend ses «terroristes»

Article paru dans le magazine AMNESTY, n°47, publié par la Section suisse d’Amnesty International, novembre 2006.
«War on terror». C’est – on le sait trop bien – à cette doctrine que l’on doit les tristes affaires de la prison d’Abou Ghraïb, des centres de détention secrets, de Guantánamo, des transferts illégaux de prisonniers et autres.

Au mois de septembre, Amnesty International a publié un long rapport démontrant une nouvelle fois toutes les horreurs que peut produire une telle guerre. Le document cite de nombreux exemples de personnes ayant été victimes d’arrestations arbitraires. Au Pakistan, les services secrets kidnappent des individus qui sont ensuite interrogés et souvent torturés pour obtenir des aveux. Parfois, les enfants des suspect·e·s sont utilisé·e·s pour faire pression sur eux. Les prisonniers ne peuvent ni voir un·e avocat·e ni informer leur famille, ce qui représente une grave atteinte aux droits humains. La détention secrète peut se prolonger sur plusieurs mois, voire des années, sans que des charges tangibles ne soient retenues contre les personnes suspectées. Puis elles sont relâchées sans explication ni excuses. Sous prétexte de combattre un ennemi responsable d’attentats cruels et de menace contre la paix et la sécurité dans le monde, les Etats-Unis et certains de leurs proches alliés bafouent les droits élémentaires de la personne humaine.

Dans leur chasse aux terroristes, les Etats-Unis offrent des primes de cinq mille dollars pour tous ceux et celles qui leur seront livré·e·s. Un marché a donc vu le jour, dans les zones tribales d’Afghanistan notamment, mais aussi au Pakistan. Plusieurs exemples montrent que des gens innocents peuvent ainsi être arrêtés sans indices concrets. Déguisés en «terroristes», ils sont vendus aux Américains. Le rapport donne notamment l’exemple d’un éleveur de poulets, arrêté et présenté comme un ministre des Affaires étrangères taliban. Sans plus de vérifications, il a été envoyé à Guantánamo. Selon les chiffres officiels pakistanais, ce sont quelque sept cents suspect·e·s qui ont été remis·e·s à l’armée étasunienne.

Peu d’informations nous parviennent de ces régions et, au Pakistan, les médias, la société civile et les partis politiques ne sont que très peu enclins à contester ce qui se passe. Les agissements des différents acteurs se font donc dans une opacité propice à de graves dérapages en matière de droits humains. Le rapport souligne le fait que, même dans le cas de la lutte contre le terrorisme, l’utilisation des enlèvements, des mauvais traitements et de la torture n’est en aucun cas justifiable et se révèle, de plus, contre-productive. Un étrange chemin pour arriver à la paix et à la sécurité.